FURSTEMBERG, FRÉDÉRIC
FURSTEMBERG
Enfin te voilà , Frédéric , je n'espérais plus te voir.
FRÉDÉRIC
Mon nouveau service... auprès de sa majesté...
Eh bien? quelle nouvelles?..
FRÉDÉRIC
On brûle toujours beaucoup de monde , la sainte inquisition marche.
FURSTEMBERG
Ah!., et le roi?., le roi! toujours heureux, toujours joyeux , n'est-ce pas?
FRÉDÉRIC
Oui , et fort impatient de vous revoir et regrettant beaucoup que votre mauvaise santé vous retienne si long-temps au bord de la mer... Au reste, il vous a écrit lui-même... Tenez.
(Il remet au Comte un paquet.) FURSTEMBERG, ouvrant le paquet, en tire un anneau d'or, l'examine, puis lit ce qui suit.
« Cher Comte , nous n'avons pu conserver la » belle provinciale que nous avons eu tant de »peine à prendre. Au moment même où elle »nous semblait le plus soumise aux douces violences de notre passion , elle s'est échappée »sans nous dire adieu, la récalcitrante, l'ingrate, «elle à qui nous avions donné notre plus précieux »gage d'amour, une magnifique bague mexicaine... que nous regrettons fort maintenant et «qui nous venait d'une femme bien aimée, Furs- «temberg. Comment expliquer cette fuite ca- »pricieuse?.. Comme dans cette conquête, nous «n'avons jamais été sûr d'une victoire de bon »aloi, comme nous y avons usé peut-être de «plus de contrainte et de ruse que Marie d'a- « mour et de bonne volonté , nous n'osons attri- «buer le nouveau coup de tète de la belle, à la «jalousie de s'être vu associer une petite féron- «nière depuis un mois. Nous n'étions peut-être «pas assez aimé pour cela, qu'en pensez-vous? >> Je pense que celte femme n'était pas jalouse de toi, sire, et qu'elle n'aimait vraiment que son mari. «Quoi qu'il en soit, si elle est retournée à «Dieppe, tâchez de la voir, de lui parler pour nous «en lui rendant, de notre part, un anneau d'or, «auquel elle tenait comme à sa vertu, et que «nous lui avons pris un jour, presque malgré «elle, en échange de notre bague. Sur ce, je «prie Dieu, mon cher Comte, qu'il vous ramène
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«bientôt, et qu'il vous ait en sa sainte garde! « Votre ami , François. »
« P. S. Cette lettre vous trouvera sans doute «à Varangeville, dans ce château que le mar- «chand Ango se fait bâtir splendidement, à quel- «ques lieues de Dieppe. Surveillez toujours cet «homme!.. > Déchironsce post-scriptum. (Il déchire le bas de la lettre.) C'est bien , Frédéric !.. Et quand penses-tu repartir ?
FRÉDÉRIC
Je suis venu à Dieppe en même temps que plusieurs personnes de la cour. Je m'en retournerai avec elles , ou avant , si vous le voulez.
FURSTEMBERG
Je te verrai ce soir. Adieu. (Frédéric sort.)
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