‹ ThéâtreChapitre 468 sur 846 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ANGO, seul. •

(En costume de matelot , de même qu'au premier acte. Assis sur un canapé et prêtant l'oreille à la musique du bal qui se fait entendre.)

Ils dansent encore là-bas!.. Dansez, courtisans, bientôt vous serez tous en deuil... dix minutes à attendre... Allons, heure fatale , avance, avance ! c r l'attente fait bouillonner si fort tout mon sang, que j'ai peur de mourir avant d'être vengé... Tout est prêt, la barque là-bas, les armes ici... oh! s'il n'y avait qu'à vouloir pour attirer cet homme, ma volonté l'aurait déjà amené entre mes mains. Mon Dieu! mon Dieu!., vous savez si j'avais pardonné d'abord , mais ils sont venus me renouveler l'injure en face, me déshonorer chez moi,., elle que j'avais tant aimée, hélas !.. Ainsi, parce qu'il s'est trouvé sur notre chemin , un infâme tout-puissant , parce que nous nous sommes heurtés en passant à un trône, il a fallu que notre honneur fût liétri , notre amour souillé , tout noire bonheur anéanti. 11 faut que je pleure sur elle et sur moi, que je maudisse le jour où je t'ai vue pour la première fois, Maiie!.. Mais non il ne faut pas qu'Ango s'attendrisse et pleure, maintenant!., (il se lève.) Qui que tu sois, esprit du ciel ou de l'enfer, qui as jeté dans mon cerveau la pensée de l'œuvre que je viens accomplir ici , ne te retire pas de moi , ranime mes forces qui s'éteignent, réchauffe mon sang qui se glace, arrête dans mes veux ces larmes que je sens prêtes à les inonder. (Minuit sonne.) Minuit enfin! minuit, et il ne vient pas! Pourquoi ce retard?., la fenêtre est fermée, ouvrons-la pour faire voir qu'on a été exact au rendez-vous. (Il va ouvrir la fenêtre. Coup de tonnerre précédé d'un éclair.) 11 n'aura pas osé se fier à une barque par une

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nuit d'orage.... Oh! s'il

ne 1 avait pas encore

possédée, il serait venu déjà malgré la tempête; mais , comme tous les amans heureux , il se fait désirer... il ne viendra pas peut-être; il aura oublié cette femme pour une autre; il est retourné au bal à d'autres amours, tandis que j'ai la folie de l'attendre... Oh! je Tirai chercher moi-même, s'il le faut! je rirai frapper à la place du cœur au milieu de ses courtisans... En

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être venu là , mon Dieu ! à n'avoir plus dans le cœur qu'amertume et que haine ! à ne pouvoir plus rien aimer sur la terre!., à ne vivre que pour ce mot honneur à venger!., et qui donc s'inquiète de mon honneur? A qui profitera ma vengence? Les autres hommes ontune famille... il faut qu'ils se conservent dignes de leur famille... Mais moi!., vous m'avez tout ôté, mon Dieu! Après moi, mon nom retournera dans le néant d'où vous me l'aviez fait tirer ; et quelque jour, sans doute , on se demandera s'il est bien vrai qu'un homme du nom d'Ango ait jamais existé... Non, non , personne ne s'intéresse plus à mon sort... Du bruit ! (Il retourne à la fenêtre.) Cette fois , c'est lui! son amant... Allons, allons, plus de larmes, du sang!.. (Tonnerre et vent.) 0 ciel! protégez sa barque... Le voilà arrivé, Dieu merci !.. il sort delà barque... Bien ! bien!., il prépare son échelle de corde... (On entend le bruit d'un grapin qui tombe dans la chambre par la fenêtre.) Bien jeté ! il faut la lui attacher maintenant de peur qu'elle ne se rompe. (H attache l'échelle.) Elle est solide... il peut monter... il monte... la vie du monarque ne tient plus qu'à un fil; et si je tranchais ce fil d'un coup de poignard! Mais non, il ne faut pas que le roi-chevalier manque à son rendez-vous.

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