ACTE V. SCÈNE II
ANGO
Bile \ esl depuis long temps, le dis-je! Car il est plus de minuit... viens donc la réveiller. Vois! elle sVsl endormie il l'attendre.
(Il entraîne le roi vers le lit, tire les rideaux et montre le coins de Marie étendu sans vie.) LE KOI, reculant.
Morte !
Morte ! elle s*e>t tuée!
LE UOI.
Horreur !
Et maintenant, maintenant c'est à ton lourde mourir.
LE r.ai.
Qui donc es-tu, pour me menacer ainsi ?
ANGO
Je suis ton hôte, Ion ennemi, ton fou, que sais-je ?.. je suis le mari de celle femme dont tu es l'amant ; mais je vais être ton meurtrier.
LE ROI
Malheureux, vous oseriez... votre roi !
ANGO
Mon roi ! Ne vous ai-je pas reçu dans ma maison avec honneur et respect ! Sa majesté ne dansait-elle pas tout à l'heure au bal de son sujet de Dieppe, parmi tous les notables de la ville, au milieu des hommages, en pleine sécurité près de ses gardes el de ses courtisans ? Pourquoi François 1er est-il entré la nuit par la fenêtre dans la chambre d'Ango, comme un voleur ou un assassin ?. . Cette chambre est l'antre du lion , maiheur à ceux qui s'y aventurent ! 11 n'y a plus ici ni sujet ni roi ; il y a deux hommes qui vont se battre à armes égales , pour la même femme.
le r.oi.
Un duel pour une femme morte !
ANGO
Ah ! elle ne vaut plus la peine que tu te battes pour elle, maintenant qu'elle est morte à cause de toi , morte par toi ; car c'esl toi qui l'as tuée. le roi.
Moi :
Car elle s'est empoisonnée avec une bague , un cadeau de ton amour, avec cette bague qui avait déjà servi une fois à Madrid , comprendstu?...
le roi.
0 ciel !
ANGO
Des femmes mortes, il ne se bat pas pour si peu ! Qu'est-ce, en effet, qu'une femme morte, pour un roi? hochet brisé pour un enfant. le roi , à part.
Je ne sais quel mal nouveau je ressens ici.
ANGO, se dirigeant vers Marie.
0 toi , qui as été toute ma joie et toute ma douleur à moi sur la terre, j'aurais voulu pour toute vengeance te faire entendre les paroles du roi, te faire comprendre pour quel homme tu m'as trahi !
le roi, à part.
L'air que j'y respire m'étouffe ; à tout prix il
faut en sortir... (Allant ù la fenêtre et voyant que l'échelle de corde est coupée. Haut.) Malédiction. \ngo, revenant au roi.
Toute retraite est impossible... A nous deux maintenant.
LE ROI
Arrière!... je ne puis me mesurer avec un matelot.
ANGO
Le matelot Ango a bloqué un sire dans sa capitale pour un vaisseau brûlé... et pour tout mon honneur, mon bonheur flétri , perdu , je ne te tuerais pas, toi, majesté que je tiens dans les quatre murs de ma maison !
LE ROI
Je ne me battrai pas; j'ai fait mes preuves ailleurs qu'ici , je ne me battrai pas.
ANGO
Tu ne te battras pas. (Allant sur le roi son poignard à la main.) Eh bien!..
LE ROI , avec frayeur, vivement.
Une épée!.. une épée !..
ANGO
Ah! merci! je ne serai pas forcé de t'assassiner! (Il va prendre deux épées sur la table.) Le combat est loyal... voici des armes égales... Un cadavre pour mon témoin , pour le tien un remords !
LE ROI
Ah! oui, un remords!.. Je frémis, et ce n'est pas de peur pourtant ! (Il prend l'épée qui tremble dans sa main.) Ce crime... cette femme !
ANGO
Défends-toi , défends-toi donc !
LE ROI
Un remords!.. Cela est horrible!., je ne puis... Cette femme combat avec lui...
(Il chancelle.) ANGO.
Il fuit, il fuit, le lâche!
LE ROI
A moi!.. Ah !
A NGO
Tombé ! Il sait bien qu'on ne frappe pas un ennemi à terre ; cette arme est inutile, (il jette son épée.) Oui, tu es brave, tu as fait tes preuves dans les tournois, dans les batailles, devant les dames et les héros, lorsque le soleil chauffe, que la trompette sonne, que les femmes applaudissent eu que cent mille hommes armés crient, pour toi Montjoic et Saint-Denis! tu es brave avec une armée, mais ici, seul à seul, sans clairon, sans cuirasse, sans merci, lâche! lâche! entends-tu!.. Je lui mets l'injure à l'oreille et l'oreille est sourde, le pied sur le cœur et le cœur ne bat pas ! Allons, allons !.. tout est perdu, même l'honneur!!! Au moins que ce coup d'arquebuse soit le signal de sa honte , et que sa honte soit ma vengeance!... que l'explosion appelle tous les courtisans à ce spectacle du courage royal!.. (Il va à la fenêtre.) qu'ils viennent voir leur roi évanoui! (il tire son coup d'arquebuse. La musique du bal cesse.) C'est le second roi auquel le matelot fait grâce. (Très haut et ouvrant toutes les portes.) Par ici, courtisans, venez vite au secours de votre maître !
(Il tombe évanoui.)