SCENE VII
LEONCE, GONDRECOURT, CHABAN- NE, BUSSY, arrivant de différens côtés.
LE chevalier. Hé bien! contre quels ennemis réclames-tu notre secours? contre de jolies femmes, sans doute, puisque tu es presqu'à genoux?., mais je ne vois personne... ton visage est bouleversé...
CHABANNE. Vous êtes pâle comme un mort... est-ce un étourdissement qui vous a pris ?
le chevalier. Est-ce un mauvais tour qu'on t'a joué?
chabanne. On aura voulu vous faire peur*.
léonce. Peur! ah! vous croyez qu'il m'a fait peur ?
chabanne. Mais c'est de l'égarement!..
LÉONCE. Voici qui est surprenant, messieurs. Il vient des personnages étranges dans les jardins deTrianon... Ne l'avezvous pas rencontré?
TOUS LES TROIS. Qui?
léonce. Ce n'est pas un rêve cependant... non, non; tout-à-Fheure, au moment où j'allais sortir du palais, un homme masqué, noir des pieds à la tête, m'a pris par la main, et m'a conduit ici. J'ai d'abord cru que c'était un ami, mais point; cet homme, c'était le héros de l'histoire que je vous ai racontée, l'inconnu de la rue Geoffroy-Langevin. {Il pousse un éclat de rire conoulsif.) Savez-vous ce qu'il avait à me dire? Il m'a défendu, sous peine de mort, de révéler à qui que ce soit le nom de sa maîtresse, et pour prouver la valeur de ses menaces, il prétend qu'il a mis le
* Bussy, Chabanne, Léonce, le Chevalier*
LE MAGASIN THEATRAL
feu à mon hôtel! un accident où la malveillance n'était entrée pour rien, messieurs! je suis sûr de mes gens. Ah ! vous m'aiderez à le retrouver , l'insolent ! et il me paiera cher ses hardiesses... et puisqu'il m'a défendu si positivement de nommer la femme dont je vous ai parlé , je veux, à l'instant même. .
LE CHEVALIER. Arrête, Léonce; il y a dans cette histoire quelque chose de sinistre. Cet homme est peut-être plus à craindre que tu ne penses. Tais-toi, au nom du ciel, tais-toi!.. Nous, messieurs, dispersons-nous , tâchons de retrouver ce masque...
CHABANNE. Sur m on aine, chevalier, tu deviens déraisonnable... votre honneur y est intéressé; Mondoville, achevez: cette femme...
LÉONCE, remontant la scène.C'est Mme Duresuel! Mme Duresnel, lacharmantecréole; la plus jolie femme de la finance, la seule irréprochable, s'il en fallait croire larenommée.!..
CltABANNE. Hé bien? le tonnerre est-il tombé? M",e Duresnel. ah! quelle histoire piquante !.. Vous ne savez donc pas qu'elle a refusédes propositions venant du roi?
bussy. Du roi ?
cnABANNE. Je le tiens de personnes bien informées. Ah ! sa majesté Louis XV a des rivaux dans la rue Geoffroy-Langevin ! Pardieu ! je vais publier l'aventure, et vous verrez, messieurs, comme je brode un canevas donné! Suivez-moi!
LE chevalieb. Messieurs, messieurs...
c'est trop ! . Pouvez-vous perdre avec tant de légèreté la réputation d'une si charmante femme! Je vous avertis que je me constitue son chevalier, et que je vous donne à tous des démentis formels... Ah ! Mondoville , c'est mal; je ne te reconnais pas.
LÉONCE. Chabanne, Bussy, je désire que vous ne parliez à personne de ce qui s'est passé entre nous..... je me suis emporté... j'ai eu tort.
Chabanne. Mais...
LE chevalieb. Allons, allons, Chabanne , soit discret, une fois dans ta vie. .. que diable , il ne s'agit pas de ta maîtresse... Mme Duresnel a un amant... tant mieux... elle peut en avoir deux... ne publiez pas ses faiblesses... il vaut beaucoup mieux...
On n'entend pas le reste. Le chevalier reconduit Cliabamic et Bussy, et revient à Lc'once, qui est reste sur le devant du théâtre.)