JOSEPH , LÉONCE
(Ils entrent par la porte à gauche.)
JOSEPH, à pari. Il est parti... tant mieux... ( Haut.) Appuyez- vous sur moi.
LÉONCE. Je n'ai pas besoin d'appui...
merci, bon Joseph... jesuisfort, tulevois..
joseph. Je vois que vous chancelez...
asseyez-vous...
LÉONCE. C'est le jour qui m'éblouit...
pourquoi?... je suis donc malade — ma tète est si faible que je ne puis rassembler deux idées.
joseph. Regardez ce beau soleil de mai... Respirez l'air pur de ces jardins... vous vivez !.. vous vivez !.. ne songez qu'à cela!., vous retrouverez assez tôt la mémoire de tout le reste.
LÉONCE. Je vois bien que j'ai eu le délire ; mais maintenant la raison m'est revenue... que m'est-il arrivé i\. parle, je l'exige...
joseph. Vous m'avez quitté hier à huit heures et demie du soir; vous êtes allé chez M. Duresnel ; en sortant de sa maison , vous avez pris par la rue de Grenelle, et...
LÉONCE. C'est bien!., je me suis évanoui... et depuis ce moment, oùsuis-je?..
joseph. Chez M. de Sartines... il y a une bande de démons acharnés sur votre vie; j'ai pensé que dans la maison du lieutenant-général de police, vous seriez plus que dans la vôtre à l'abri de leurs entreprises.
LÉONCE. Tu as mal fait!., je suis las de leur disputer cette misérable vie qu'ils ont tant d'intérêt à prendre, et que j'ai si peu d'intérêt à conserver !
joseph. Que dites-vous ià?..
LÉONCE. Tu ne m'as pas quitté sans doute? qu'ai-je dit pendant mon délire?..
JOSEPH. J'écoutais avidement, Dieu sait ! . . mais il n'est pas sorti de votre bouche un mot pour accuser ; vous n'avez fait que vous plaindre.
LÉONCE. Alors, Dieu veut que je me taise ; au fait, je suis entré le premier dans cette lutte!., et quels droits avais-je sur cette femme!., je me tairai !
JOSEPH. Quoi ! vous connaissez vos meurtriers, et vous ne les livrez pas à la justice ?
LÉONCE Je ne suis sûr de rien... que la justice suive son cours. .. je ne dénoncerai personne ! . .
joseph. Mais vous exerceriez un droit de légitime défense... monsieur le comte, au nom de votre père ! . .
LÉONCE. Il y a trois ans que nous avons refermé sa tombe !
JOSEPH. Au nom de votre mère !..
léovce. Je ne sais même pas où est la sienne !
JOSEPH. Au nom de votre ami !
LÉONCE. Gondrecourt !.. ah ! tu as raison... tu me rends au sentiment de mes devoirs... je les aurais épargnés s'ils n'en avaient voulu qu'à ma vie... mais lui!., il faut que je le venge1... conduis-moi chez M. de Sartines, allons...