ANDRÉ, JACQUES, MATHIEU
i André et Jacques sont assis à une table et mangent avec avidité. Mathieu, devant la porte du fond qui est ouverte, regarde au dehors.)
MATHIEU, avec impatience.
Ils n'arrivent pas!
ANDRÉ
Nous avons joliment soupe, tout d'mëme.
1-crois ben : du pain blanc avec du fromage, et une demi-bouteille de vin à nous deux!
ANDRE
\ii ' dame, c'est pas tous les jours fête!
JACQUES
C'est ça; parce que nous avons fait hier une bonne journée, tu ne r'gardes pas à la dépense.
ANDRÉ
C'est pourtant à c'bon seigneur que nous devons tout ça.
JACQUES
Aussi il peut être ben sûr que nous ne l'oublierons jamais.
ANDRÉ
Y a pas de risque !...Cheux nous autres, enfants d'ia Savoie, on n'trouve pas plus d'ingrats que d'paresseux, et si jamais il le fallait, pour lui, vois-tu, je m'meltrais au feu, quoi :
JACQUES
Et moi, j'erois que je m'ferais luer.
Ml
A La santé!
JACQUES
\ la tienne!
MATHIEU, toujours devant la porte.
le perds patience.
JACQUES, bâillant.
A présent que j'n'ai plus faim, v'ià 1' sommeil qui m' galope; avec ça qu' nous avons encoredemain dix bonnes lieues à faire... J' crois qu'un petit brin de repos n' nous ferait pas d' mal.
ANDRÉ, montrant Mathieu.
Si c' brave homme pouvait nous céder un p'tit coin... en payant, bien entendu.
JACQUES
Dites donc, bourgeois, si c'était un effet de vot' part d' nous donner un endroit pour dormir.
MATHIEU
T'nez, v'ià la porte de l'écurie ; y a là d' la paille fraîche.
JACQUES
Ben obligé... (à André.) A l'écurie!., j'aime mieux ça; ça ne coûtera rien... Viens-tu?...
ANDRÉ
Me v'ià.
(,11s entrent dans l'écurie et ferment la porte sur eux.)
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