ACTE IV
Le jour suivant, chez M. Dure!
PICARD , LE MULATRE.
LE mulâtre. Il n'est pas rentré?
riCARD. Pas encore.
le mulâtre. Je vais l'attendre...
picard. Lui apportez-vous des nouvelles ?
LE MULATRE. Sur quoi?
PICARD. Sur l'événement de cette nuit... Ah ! vous pouvez en parler avec moi, monsieur Scipion... je sais tout... voilà une histoire incompréhensible et tragique!..
Mm' Duresnel, qui était rentrée tranquillement hier au soir dans son appartement, ne s'y retrouve plus ce matin... C'est une personne trop vertueuse pour avoir fui le domicile conjugal ; on l'a donc enlevée... mais qui?., mais comment? il n'y a pas dans sa chambre une trace de violence... et si je n'avais pas vu sous ses fenêtres des pas d'hommes empreints sur les plates-bandes , je croirais qu'elle a été emportée par un esprit.
LE mulâtre. Les coupables avaient des intelligences dans la maison.
picard. J'en suis persuadé comme vous.
Je suis d'avis qu'on nous soumette tous à un rigoureux examen... moi, le premier!., c'est ce que j'ai dit à M. Duresnel, qui aurait déjà mis tous mes camarades à la porte, sans la crainte qu'il a d'ébruiter l'accident.
le mulâtre. Il n'est donc pas connu?
picard. On ne le soupçonne même pas... toute la maison est persuadée que Mme Duresnel a été obligée de partir cette nuit pour Orléans , où la maladie d'une parente l'a appelée... Moi-même, si je sais la vérité, c'est qu'on m'a chargé dt tromper les autres.
LE MULATRE. Bien !
picard. Yoici M. Duresnel!..
LE mulâtre. Qu'il a l'air troublé!..
pic»rd. Comme votre maître, ce malin.
ncl. Salon du deuxième acte.
SCEJNE II.
DURESNEL, qui entre en rêvant. LE MU»
LATRE, PICARD.
DURESNEL, apercevant le mulâtre, fait un geste de surprise, et va vers lui. De la part de M. de Pombal ?
LE MULATRE. Oui.
DURESNEL , à Picard. El oignez- vous.
(Picard se retire dans le fond.) Que me veutil?
LE MULATRE. Il Sait tout.
DURESNEL. Tout ?
LE mulâtre. Il s'occupe de retrouver celle que vous avez perdue , et il espère réussir. Les démarches que vous feriez de votre côté ne pourraient qu'entraver les siennes. Yoici donc ce qu'il m'a chargé de vous dire : Continuez à cacher cet événement à tout le monde. Il y va de l'honneur de M. de Pombal et du vôtre. Vos plaintes seraient inutiles, car les ravisseurs sont puissans ; laissez-les faire, et atten- I dez.
duresnel. Les ravisseurs sont puissans..
vous les connaissez donc?
le mulâtre. Peut-être !
duresnel. Mais , du moins , comment M. de Pombal a-t-il appris ce malheur?.. Je voulais le lui cacher, dans l'espoir que mes premières démarches...
le mulâtre. N'accusez personne de vous avoir trahi. La position de M. de Pombal, nous oblige à placer nos amis partout, vous le savez... l'un des hommes qui ont fait cette nuit le guet autour de votre maison est un ancien camarade. Il a tout vu, et m'a tout raconté, ce matin, par hasard, dans une conversation amicale. Ah ! s'il se fut douté qu'il s'agissait de la fille de son capitaine...
duresnel. Qu'a-t-il vu?
le mulâtre. Un homme couvert d'un manteau et d'un masque, qui a ouvert aux ravisseurs la porte de vos jardins. Il y a un traître chez vous; mais, par la mort! nous le découvrirons. Mme Duresnel était plongée dans un sommeil trop profond pour qu'il fût naturel... mais nous saurons. . .