SCENE VI
Les Mêmes, JEAN, LE JUGE-MAGE, LE PORTIER DE VILLE , PIERRE , enchaîné, Gardes du Dix, Gardes du Grand Bailli, Cour et Folle.
JEAN. Moi !
LE duc. Encore toi !
JEAN. Encore moi, monseigneur. Puisque vous n'osez pas venir à moi, il faut bien que je vienne à vous. Puisque vous oubliez vos sermens, il faut bien que je vous en fasse souvenir. Ab ! cela vous étonne, monseigneur, et vous vous attendiez à autre ebose de ma part. Vous êtes venu me prendre dans ma chaumière , comme un bouffon à cheveux blancs, pour m'affubler d'une magistrature ridicule, et vous amuser ensuite avec vos complaisans,
de mes folies ou de mes maladresses
Vous vous êtes trompé, monseigneur : au lieu d'un courtisan , vous avez pris un juge; vous cherchiez un esclave, et vous vous êtes heurté à un homme : vous devez vous en apercevoir à présent. Je suis un piège vivant que vous aviez dressé pour vos plaisirs, et dans lequel vous êtes tombé pour votre châtiment. Vous êtes dans mon antre, monseigneur, et vous n'en sortirez pas sans emporter sur vos épaules la griffe de ma justice. {Le duc fait un mouvement. ) Vous n'échapperez pas à la peine qui vous est réservée. La foule que vous n'avez pas voulu voir sur la place publique, est venue vous voir dans votre palais. La sentence que vous n'avez pas voulu entendre sur le pavé des rues, vous l'entendrez sur votre trône. Donnée déplus haut, la leçon s'entendra de plus loin.. . Ecoutez-moi!
(Il s'avance vers le trône.)
SIMIANE, s' élançant vers Jean. Arrête, insolent! et ne }>ousse pas plus loin l'audace ! ( Mettant la main à la garde de son épee. Malheur au premier qui approche!
LE DUC , sévèrement à Simiane. Retirezvous, monsieur, et ne faites pas de menaces à un homme qui ne craint pas même celles du duc de Savoie.
(Simiane se retire duns les rangs des seigneurs.) JEAN, froidement. Soldats, qu'on éloigne ce cavalier turbulent !
JEAN, montant les marches du trône , Duc
LE TAYSAN DES ALPES
Emmanuel-Philibert» vous êtes convaincu de meurtre sur la personne du comte François deMontrevel. Ce crime mérite la mort.
( Mouvement dans la foule. Cris d'horreur.) LE DUC ,jicrcmcnt . Silence ! qu'onlaisse achever le magistrat.
JEAN. Mais comme Dieu vous a fait inviolable et sacré pour toute autre main que la sienne, ne pouvant vous atteindre dans votre personne, je vais vous frapper dans votre dignité. J'ordonne donc que le bourreau brise sur l'échafaud votre écusson ducal, et en montre à la foule les débris mutilés, en disant: « Ceci est le châtiment d'un meurtrier souverain. »
LE DUC, descendant de son trône. Maintenant vous en avez fini avec l'un des deux coupables, monsieur : à l'autre !
JEAN. Faites avancer le prisonnier.
LE rom 1ER DE MLLE , faisant avancer Pierre. Le voici, messire.
JEAN. Pierre Tardy , vous avez voulu attenter à la vie de votre souverain légitime, notre seigneur le duc de Savoie. C'est un crime de lèse-majesté humaine et divine. Je prononce donc contre vous la sentence de mort. Les deux arrêts seront exécutés à la suite l'un de l'autre. Le beffroi annoncera que l'écusson ducal a été brisé; une arquebusade fera ensuite justice du second condamné. Monsieur le portier de ville, vous êtes chargé de présider aux deux exécutions. (Silence de stupeur et d'épouvante.} Maintenant, monseigneur, que j'ai fait mon devoir de magistrat, je vous demande la grâce de mon fils. (Il se jette aux genoux) du duc.) Grâce!... grâce!..
LE DUC, à Pierre. Avancez ici, condamné. (Pierre s'approche. Le duc bas.) Quelqu'un m'a dit que vous n'aviez pas signé volontairement cette promesse de m'assassiner... Déclarez tout haut ce qui vous y a obligé, et je vous fais grâce.
pierre , bas. Je n'ai rien à dire , monseigneur.
(Il se retire )
LE DUC , haut. Messire Tardy, révoquez la sentence que vous avez prononcée contre moi, et je fais grâce à votre fils.
jean, se relevant. Qu'on exécute les deux sentences.
(On emmène Fierre; Jean reste seul.)
LE DUC, après avoir parlé bas à Simiane. Ya!
( Simiane sort.)
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