‹ ThéâtreChapitre 567 sur 846 · M- GRANGER, EULALIE · texte numérisé non relu

M- GRANGER, EULALIE

Mme GRANGER, regardant sa fille. Est-elle grande!

eulalie. Tu trouves ?

Mme GRANGER. Tu as vraiment la taille d'une femme.

eulalie. J'en connais de plus petites que moi.

Mœe GRANGER. Ma chère enfant, je t'ai fait venir pour causer avec toi.

el'lalie. Eh bien! maman, me voici, causons.

Mme GRANGER. Ton père et moi commençons à nous faire vieux, l'un ou l'autre nous pouvons te manquer un de ces jours.

eulalie. Mon Dieu! maman, pourquoi donc avoir de pareilles idées?. . vous et mon

père vous vous portez à merveille... et j'espère être encore pendant long-temps à l'abri d'un pareil malheur.

Mmc GRANGER. Si nous venions à mourir tous les deux, qui te recueillerait? qui te protégerait?., le sort d'une femme seule est bien à plaindre !.. dans toutes les circonstances de la vie elle a besoin d'un guide, d'un appui.

eulalie. N'avons-nous pas des parens, des amis?

Mme GRANGER. L'ami d'une femme, c'est son mari.... et ton père et moi, après y avoir bien réfléchi, nous aurions envie de te marier.

eulalie. Me marier!., moi! et avec qui ?.. je ne connais personne.

Mme GRANGER, câlinant. Au dernier bal de la préfecture , tu n'as pas remarqué quelqu'un?..

ei f.alie. Comment !.. est-ce que ce serait avec ce vieux monsieur?

Mœe Granger, avec importance. Le général est un fort bel homme. •

EULALIE, avec un petit ton boudeur. Il a des cheveux blancs.

Mme granger, vivement. On en a à tout âge, mon enfant... cela ne prouve rien... le général est un homme qui a de belles propriétés et qui t'aime beaucoup.

eulalie. Est-ce qu'on peut aimer une personne que l'on n'a vue qu'une fois?'

Mme granger. Deux !.. il t'a vue aussi toute petite.... ce n'est pas une connaissance d'un jour... et puis, mon enfant, il est fort riche.

eulalie. Et nous, maman, est-ce que nous ne sommes pas riches aussi?

Mme Granger. Ma pauvre fille, qu'est-ce que c'est que sept à huit mille livres de rentes dans un temps comme celui-ci..-, à une époque où tout le monde veut briller, où la fortune est le premier de tous les mérites?., c'est presque une misère honorable.

eulalie. Tu m'as pourtant fait élever avec ce qu'il y a de mieux. . . avec des filles de ducs, de receveurs-généraux... enfin, dans une des premières pensions de Paris?

Mme GRANGER, vivement. Parce que l'éducation est la première vertu d'une femme, et qu'elle offre souvent un excellent moyen d'établir ses enfans... quand on a de l'éducation, des talens, on n'est déplacée nulle part... on peut épouser un maréchal de France.

eulalie, souriant. S'il se présente.

Mme granger. Le général a étéfait baron par Napoléon, il est de la première no«

MAGASIN THEATRAL

blesse de l'empire... sous la restauration, il s'est livré à des spéculations qui lui ont valu des bénéfices immenses; et puise est un homme si doux, si aimable, si rempli d'attentions, de prévenances.

EULALIE. Eh! mon Dieu, maman, quand je veux obtenir quelque chose de toi, estce que je ne suis pas plus gentille qu'à l'ordinaire?., je mè contrefais un peu pour avoir en ma possession ce que je désire... JM. le baron agit peut-être comme moi.... il se contrefait peut-être aussi un peu....

M'"c GRANGER. 11 te reconnaîtra dix mille francs de rentes... en t'épousant.

EULALIE , surprise et contente. Dix mille francs de rentes , à moi !

Mme GRANGER. Oui.

eulalie. Dont je pourrais disposer!

Mme GRANGER. Sansdoute. Voyons, là...

entre nous, est-ce que tu ne serais pas bien contente d'avoir une voilure à toi?..

EULALIE, enchantée. Oh ! si !

jH™e GRANGER. Des laquais. ..une livrée...

d'habiter l'hiver un bel hôtel à Paris

l'été un beau château à la campagne... où tu recevrais ton père, ta mère... toute ta famille, qui jouirait de ton bien-être, qui

serait fière de ta position ? La fortune ,

mon enfant , c'est la vie c'est le bonheur ! c'est la paix dans un ménage. . . avec elle on a tout , du respect, des amis, de la considération. Cinquante mille livres de rentes, mon enfant, c'est le paradis sur la terre !

EULALIE , avec un petit mouvement rf orgueil. Henriette Dormesson qui est si orgueilleuse d'en avoir épousé vingt-cinq !..

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