SCENE II
CHARLES, Masques dans le fard.
CHARLES. Enfin je vais la voir, lui par- !
1er!... profiter de la Liberté du masque j
pour m'explique.r avec elle, pour connaître i la cause de cet éloignement qui m'afflige,
et qu'elle semble prendre plaisir à affecter j
de plus en plus... Ah! si elle savait tout !
ce que je souffre! si elle pouvait lire au j
fond de ce cœur qui ne bat , qui ne res- i
pire que pour elle! si elle savait combien i
une salle de bal. On entend Phorchestre exéV.utan.f foule de masques, de personnes richement vêtues et : ils ont Pair de continuer une conversation.
mon amitié est pure, combien je la respecte en l'aimant !... Pauvie cousine, si jeune, si belle !... mariée à un homme qui ne veut pas. . . qui ne peut pas la comprendre. . . qui ne lui tient aucun compte de sa résignation à supporter les ennuis d'une existence si p< u en rapport avec les goûts de son âge !... qui exige d'elle une abnégation complète de ses volontés!... et qui croit qu'on répare avec de l'or les torts d'un mauvais caractère et d'une mauvaise éducation... Ah!... je crois voir!... oui... oui... la voilà qui vient de ce côté.
CÉLESTINE, en domino bleu, CHARLES.
CHARLES, allant au-devant d'elle et tarrêtant gainient. Pardon, btau masque, si je t'arrête... mais depuis long-temps je désire m'entretenir avec toi , et l'occasion qui m'est offerte est trop belle pour la laisser échapper.
CÉLESTINE , à part. Que dit-il?... à qui croit-il parler?
CHARLES , ramenant sur le devant de lu scène et changeant de ton. Au nom
EULALIE GRANGER
<lii ciel!... pendant que nous sommes seuls... oh! de grâce... parlez... parlez... un mot!... Quels sont nus tons?... que me reprochez-vous?... par où ai-je mérité de tous déplaire ?.. > ous ne savez donc :u> que votre haine pour moi, c'est la mort. .. oui... la mort?..
CÉLESTINE , à part. Grand Dieu !
CHARLES. Haï de vous, l'existence me serait odieuse, elle deviendrait un fudeau dont je ne pourrais long-temps supporter le poids. . . Êulalie ! . . .
CÉLESTlfiE, à part. Eulalie!
CHARLES. Si vous saviez tout ce que j'ai éprouvé de peine, de tourment, quand j'ai vu tout-à-coup succéder à une amitié qui faisait tout mon bonheur une indifférence qui a fait mou désespoir... Ce changement inexplicable dans votre conduite m'a révélé toute la force du sentiment qui m'attirait près de vous... {EVe fnt un mouvement comme pour sortir. ) Il faut que vous
le sachiez cet amour... mon bonheur,
mon supplice... cet amour, depuis un an, il me dévore... il me tue.
CÉlestine. Charles!
CHARLES. Ciel! ce n'est pas sa voix!
CÉlestine, ôtant son masque. Charles...
mon frère.
Charles. Célestine!...
CÉlestine. Oui, c'est moi!
Charles. Comment se fait-il?... on m'avait assuré...
CÉlestine. Ah! tu dois bénir cette méprise... elle t'épargne un repentir... Mon frère... celle à qui tu croyais l'adresser est mariée... elle a juré fidélité à l'homme auquel elle s'est unie volontairement.
CHARLES. Eulalie a été sacrifiée... on a profité de sa jeunesse, de son inexpérience. CÉlestine, Eulalie est notre parente...
son honneur, sa réputation , doivent nous être chers, nous serions les premiers à les dé endre contre quiconque oserait les attaquer... et tu voudrais lui ravir sa propre
estime Mais, malheureux, toi aussi tu
profiterais de son inexpérience pour la séduire !.. mais tu serais cent fois plus coupable que celui auquel tu prétends qu'on i'a sacrifiée.
CHARLES. Eh ! crois-tu flonc, ma sœur, que depuis un an je ne l'ai pas combattu cet amour qui s'est emparé de toutes les facidtés de mon aine?.., Voilà !a source de ces inégalités d'humeur que tu me reprochais sans cesse; j étais triste ou ^ai suivantqu'elle m'avait :>ieu ou m al accueilli... Un mot, un regard, un {{este d'elle... me donnaient cette joie folle, insensée. .. ou me courbaient sous cette tristesse acca-
blante qui ont tnnt de fois effrayé ton amitié!.. Ah! toi, froid.... heureuse... tranquille... si tu pou'. us sentir comme je l'aiin
CÉlestine, avec foret. Eh bien ! prouvelui ton amour en la respectant, impose-to un silence éternel.
CHARLES. Je ne le pourrais pas.
CÉLESTINE. Aie le'eoui ;i;m de la fuir... renonce à la voir, à aller chez elle
Charles. Eh ! si j'y vais, c'est malgré moi... c'est poussé par la fatalité !... Cent fois par jour , je me jure à moi-même de
n'y plus remettre les pieds un quart
d'hi nie après je suis devant sa porte
et je sonne... et j'entre, et je n'ai pas plus tôt aperçu son mari , que je voudrais être à cent lieues.
CÉlestine. Eais mieux — pars , quitte Paris... abrège ton congé, rejoins ton régiment.
Charles. Quitter Paris !
CÉlestine. Si ce départ devait sauver l'honneur d'un de tes camarade , hésiterais-tu ?
CHARLES. Non.
CÉlestine. Eh bien ! en partant tu accompliras un devoir plus sacré , tu sauveras l'honneur d'Eulalie.
Charles. Tu voudrais?....
DAVIAU , entrant et apercevant Célestine. Ah!., c'est elle !... ( // avance. ) Pardon , madame ; mais vous m'avez promis cette contre-danse , et vodà qu'on se met en place.
CÉLESTINE. Je suis à vous , monsieur ( A Charles. ) Refléchis, je viendrai prendre ta réponse.
Elle sort avec Davian.
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