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SCENE PREMIERE

M»e LAROCHE, JULES.

Mme LAROCHE, s'assied. Comment! ils sont sortis tous les deux ?

jules. Oui, madame.

Mme LAROCHE. Et ils ne laissent personne en bas, à la boutique, pour répondre s'il venait quelqu'un ?

jules. Ne suis-je pas là? Ce n'est pas la première fois que je reste seul. Quand M. et Mme Bernard vont à la comédie, ou

que part, c'est toujours moi qui remplace le bourgeois. Jusqu'à présent personne ne s'en est plaint.

Mme Laroche. Et où sont-ils allés ?

JULES. Madame ne sait donc pas que c'est aujourd'hui les élections de k garde nationale ?

Mme laroche. Et où veux-tu que je sache cela, mon garçon ?

JULES. C'est dans le journal. .. On refait les officiers tous les trois ans : nous

dîner en ville, ou passer la soirée quel- I sommes en 1834... c'est l'époque; mon-

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sieur, qui est un homme qui fait son service avec une exactitude... comme qui dirait un employé... car les jours de garde, ce sont des jours de fête pour les employés, ça les dispense d'aller au bureau.

Mme L\nocnn. Mon pauvre Laroche!., 'ça lui faisait tous les mois une petite distraction...

JULES. Monsieur est allé aux nominations.

Mme LAROCHE. Mais ma fille, j'espère, n'est pas avec son mari?

jules. Madame a reçu avant-hier une lettre pour se rendre ce matin au Musée. C'est aujourd'hui la clôture du salon... Elle y a été avec sa tante et sa cousine....

Mme LAROCHE. Et comment ça va-t-il ici?.... fait-on toujours de bonnes affaires ?...

JULES. Monsieur a deux apprentis de plus... on ne peut pas suffire !... C'est qu'il a un fier talent .'... et puis ici on a l'habitude de ne refuser aucun ouvrage... on fait tout, et l'on soigne aussi bien le cuivre que l'or et l'argent : on tient à contenter tout le monde.

Mme LAROCHE. C'est le meilleur charlatanisme... Et sais-tu s'ils tarderont à rentrer?...

JULES. Quanta madame , je ne le crois pas. . . mais, quant à monsieur, cela se pourraitbien, il est d'une compagnie où tous les soldats veulent être officiers, cela fait des ballottages... des ballottages à n'en plus finir !.... cependant je crois avoir entendu dire qu'après les élections on boirait une bouteille de Champagne en l'honneur du nouveau capitaine.

Mme LAROCHE. Tu ne sais pas si M. Bernard a reçu des nouvelles de son beaufrère... qui est à Poitiers ?

JULES. Non, madame... Je sais bien qu'il y a environ trois semaines monsieur a écrit une lettre à M. Charles Laroche, lieutenant au 6e régiment de dragons en garnison à Poitiers... C'est moi qui l'ai portée à la poste... mais, depuis, le facteur n'a point apporté de lettres de ce pays-là.

Mœe LAROcnE. Il tient rancune à mon gendre aussi... Allons, descends à la boutique, mon garçon, retourne à ta besogne. Je vais attendre ici... mon gendre ou ma fille.

JULES. Oui , car j'ai un cachet à finir... que monsieur votre neveu... le général... m'a demandé pour son retour. (// ça pour sortir- et reoient sur ses pas.) Dites-donc , il a attendu quatre ans pour faire changer ses armoiries !..»

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M- LAROCHE , seule.

Quatre ans pour faire changer ses armoiries!... le général y a mis de la réflexion et il a bien fait... quand on a changé deux ou trois fois, cela vous rend prudent pour la quatiièine... Ce pauvre Charles... voilà bien long-temps qu'il n'a écrit à la famille... Il ne peut pas nous pardonner d'avoir pressé son départ et de l'avoir, en quelque sorte, fait partir malgré lui !... plus tard il nous en remerciera... Paris ne vaut rien pour un jeune homme qui a son chemin à faire.

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