ETIENNE, LE BARON, DUBREUIL
dubreuil, allant et venant. Allonsdonc, Ronçay... tu as tort, cent fois tort... tu ne te conduis pas en homme raisonnable.
LE baron. Je suis libre de me conduire avec ma femme comme bon mesemble.
dubreuil. Non.
LE baron. Cela ne regarde personne.
DUBREUIL. Si... sa famille d'abord, qui ne te l'a pas donnée pour la rendre malheureuse... tes amis ensuite, qui voudraient t'épargner un ridicule.
le baron. Et si j'aime mieux être ridicule qu'être... trompé!
dubreuil. En mariage, on cumule!
le baron, à Etienne. Ajpès,, continuel.
Etienne. Alors, quand j'ai eu dit à madame que vous aviez défendu de mettre les chevaux à la voiture... et que vous aviez ordonné au concierge de ne laisser entrer ni sortir qui que ce soit... elle est remontée dans sa chambre en pleurant.
dubreuil. Je crois parbleu bien.
Etienne. Une fois là... elle a prononcé plusieurs mots que nous n'avons pas entendus... puis elle s'est mise dans une colère... Elle a dit qu'il était impossible de vivre plus long-temps sous une pareille tyrannie... que la maison était un enfer!., qu'il fallait qu'il y en eût un des deux de mort pour que l'autre fût heureux.
LE BARON, étonné. Elle a dit?...
dubreuil, à part. Il faut qu'elle soit bien à plaindre pour exprimer un pareil i sautait...
EULALIE GRANGER
ETIENNE. Félicita prétend que sa maîtresse ne s'est pas couchée, et qu'elle a passé une grande partie de la nuit à écrire; ce matin madame lui a remis une Lettre... que voici.
le baron. Bon ; servez-moi avec le le même dévouement, et la récompense ne >e fera jamais attendre. Que l'exemple de Julien soit une leçon pour vous. C'était un bon serviteur; mais il a voulu raisonner... prendre le parti de madame... et je l'ai chassé. (Dubreuil hausse les épaules.) Allez... {Dès que le domestique est parti, il lit t 'adresse. ) A madame, madame Bernard. 11 se met en devoir de décacheter la lettre.
dltbrel'il. Ronçay, que fais-tu là ?
LE BARON , brisant le cachet. Tu le vois !...
dubreuil. Violer le secret d'une lettre !
lb baron. Une femme ne doit pas avoir de secret pour son mari.
dubreuil. Voilà le cabinet noir qui fait son tour de France.
LE BARON, parcourant des yeux. Comment donc!... on envie le bonheur de sa cousine, l'heureuse liberté que lui procure la confiance d'un mari qui l'aime... on se plaint de son isolement, de la privation de toute espèce de société... on n'en avait jamais tant écrit.
Il met la lettre dans sa poche.
dubreuil. Tu ne vas chez personne ?
le bxron. Non ; et j'ai fermé ma porte à tout le monde sans exception.
dubreuil. Voilà une petite femme qui mène une vie bien agréable !
le baron. Et la mienne?
dubreuil. Ta jeunesse, à toi, s'est écoulée au milieu des plaisirs de toute espèce ; ta jeunesse a été joyeuse et dissipée : à vingt-cinq ans tu faisais une guerre active aux beautés d'Allemagne et d'Italie... tu te moquais des maris et du mariage... et maintenant le vieillard voudrait que l'on respectât les choses dont le jeune homme s'est moqué... il craint les représailles... il est jaloux, inquiet!...
le baron. Oui; mais ce qui le console, c'est qu'il ne souffre pas seul...
DUBREUIL. Beau motif de consolation!
le baron. Et qu'il ne souffrira pas long-temps.
dubreuil. Tant mieux, si cela doit abréger la souffrance des autres.
LE baron. J'ai vendu tout ce que je possédais en France... il ne me reste plus que cette manufacture, pour laquelle je suis en marché avec la maison Scaff de Mulhouse.
dubreuil, lisent. « Monsieur , en ré-
» ponse à la vôtre du 5 courant, laquelle
>> nous donne avis que votre intention est
» de trouver acquéreur pour votre fabri-
» que de Saint-Quentin, nous avons l'hon-
» neur de vous informer que nous vous ex-
» pédions un de nos associés, à l'effet de
» prendre connaissance de l'immeuble et
>» de son matériel ; il a nos pouvoirs pour
» traiter avec vous du prix et des condi-
» tions, etc., etc. »
Il lni rend la lettre.
LE baron. L'associé de M. Scaff est en retard, mais dès qu'il arrivera le marché sera bientôt conclu, car je serai très-accommodant... je place mon argent en viager.
Di'BREUlL. Dépouiller ta femme!
le BARON. Ma fortune m'appartient...
tant pis pour ceux qui auront spéculé sur elle ! Je pars... j'emmène madame... où?., personne ne le saura... et une fois que je serai en pays étranger... j'agirai à ma fantaisie ; comme elle se conduira... je me conduirai... personne, au moins, ne viendra se placer entre elle et moi.
dubreuil. Mais il y a de la folie , de la méchanceté dans ce projet-là.
0tXj0000OQ0O088QP0C808808WOVffW OQOOQQ'SSQ ©©*