‹ ThéâtreChapitre 638 sur 846 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

HENRI , seul.

O mon Dieu ! est-il bien vrai que je ne

la reverrai plus? Malheureux!

moi qui croyais pouvoir encore supporter

li vie Ou! gage de la bienveillance de

celle que j'aime, console-moi de sa perte, s'il se peut; parle-moi d'elle sans cesse....

ne me quitte plus dans tous mes périls

sois inséparable de moi comme mon amour! viens reposer sur ce cœur qu'elle remplit tout entier; et reste là, reste toujours là, jusqu'à ce qu'enfin un boulet ennemi t'y lasse entrer... Oh! viendront-ils bientôt ces périls qui doivent m'étourdir sur mes chagrins ou y mettre le seul terme que j'y puisse espérer? (On entend du bruit et des cris dans la ta<erne.) Mais j'entends d'Andreville et ses amis qui reviennent... évitons-les... ma douleur est une de celles dont on ne veut pas se distraire et dont on ne peut pas se consoler.

Il sort.

SCEjNE XII.

D'ANDREVILLE, BEAUGENCY, SOU- VRAY, Gardes do pavillon.

Nuit graduelle pendant cette scène.

d'andreville. Mais, messieurs, écoutezmoi donc... Nous ne pouvons pas nous en aller ainsi... Et le punch du départ?

SOUVRAY C'est juste... rentrons.

d'andreville. Au contraire, restez...

J'ai pensé à tout, moi... Nous prendions ce punch au grand air.... ça rafraîchit et ça donne des idées... et ça fera passer le goût du vin... qui était détestable. Ce Marcel s'imagine, parce que je suis marié, que je m'habitue à être trompé. (Marcel apporte du punch* ) Voici notre gargarisme... buvons.

TOUS. Buvons.

Ils boivent.

d'andreville. Eh bien ! messieurs, estce (pie la place n'est pas merveilleusement choisie? Nous voyons coucher le soleil, et, s'il arrive quelque bâtiment , nous répondrons à ses salves par une rasade.

SOUVRAY. On n'attend qu'un vaissPaii, et c'est celui de cet armateur bourgeois , Ch nies Cerdic.

d'andreville. Ali! cet officier bleu...

à qui on a retiré le commandement des frégates de l'état parce que les gentilshommes ne voulaient pas servir sous lui !... On ne sait pas d'où ça est sorti ! Les braves négocians en retour se sont révoltés contre cette mesure de prudence... Ils ont fait construire et ai mer à leurs frais le P,0'i:ét/ice, dont ils lui ont donné le commandement, de sorte qu'il fait maintenant de la gloire de contrebande et du patriotisme extra-légal. Qu'il se batte bien... qu'il ait coulé desvaisseaux anglais, c'est possible!... il faut qu'il ait quelque chose pour lui; mais qu'il ne s'avise jamais d'embarrasser mon chemin, ou je lui prouverai à ses dépens que je ne suis pas un Anglais.

SOUVRAY. Oh! s'il a réussi jusqu'à présent, c'est qu'il n'a jamais eu affaire qu'à des écùmeurs comme lui!

BEAUGENCY. Rien n'est étonnant comme l'idolâtrie qu'il inspire au peuple. Je crois que, s'il était là, nous serions menacés dans notre bonne ville de Brest d'une révolte dont il serait le chef.

Solaray. C'est là le fruit de ces doctrines philosophiques qui se répandent dans la niasse, et qui sembleraient vouloir changer la face de l'Etat, si c'était possible.

d'andreville. Bah! bah! ces rêves-là ne m'empêcheront pas de dormir... Mais trèvede politique; occupons-nous de chosesplus sérieuses... Dites donc , est-ce que nous letourneronsau vaisseau comme nous en sommes venus ?

SOUVRAY. Et comment donc veux-tu que nous y retournions ?

d'andreville. Mais, mes amis, pour des enfans de bonne maison, nous sommes

d'une négligence impardonnable Il

manque à notre fête la plus belle chose.

* SouTray, d'Andreville, Beaugencj.

MAGASIN THEATRAL

BEAUGENCY. Quoi donc?

D'ANDREVILLE. D< S feimiK'S.

beaigk.\(;y. Il a raison.

tous. Oui, oui, des femmes!

SOLYUAY.Maisoù en trouver?... surtout à l'heure qu'il est ?

d'andreville C'est moi qui suis lecoupable... J'aurais dû songer à cela, moi qui organise toutes nos orgies... Mais je vais réparer ma faute.

BEAI'Ge.ncy. Comment cela?

d'andreville. Buvons d'abord.

TOIS. Oui, buvons.

Ils boivcnl.

MARIANNE, à laj'enêlrc. Il me semble...

Oui!... là-bas... sur la mer!... un bâti— intnt... de loin... Ce joui qui baisse m'empêche de bien distinguer. Oh ! descendons, courons vite... Non , non, c'était nue vapeur à l'horizon... Oh! j'ai tant besoin de revoir Cerdic!...

Elle rentre.

SOUVRAY. Eb bien! t'expliqueras-tu maintenant?

d'andreville. Oui. La première femme qui passe sur cette place, je l'enlève.

TOUS. Bravo!

SOUVRAY. Tu ne l'oseras pas.

d'andreville. Je ne l'oserai pas.. . veuxtu parier — les diamans de la couronne?

SOUVRAY. Non, car si tu perdais, tu me paierais comme tes créanciers.». Mais à l'un de nous deux revient le droit de commander le prochain abordage... que celui qui perdra cède ses prétentions à l'autre.

d'andreville. Trinque... Souvray, tu as perdu !

BEAUGENCY. Ce d'Andreville est le diable!...

d'andreville. Pasd'insulte, messieurs...

ïl ne m'est pas prouvé que le diable soit gentilhomme!...

MARIANNE, à la fenêtre.. Grand Dieu!

cette fois , je ne me trompe pas! oui , c'est bien son vaisseau... Oui , plus de doute! une embarcation s'en détacbe et vient de ce côté... Descendons... descendons, je l'embrasserai quelques iustans pins tôt.

Elle disparaît.

D'ANDREVILLE. Oui, qu'il se présente uue femme!... quelle qu'elle soit! je l'enlève!

SOUVRAY. Quand elle seiaii vieille!...

BEAUGENCY. Quand elle serait laide!

d'andreville. Quand ce serait ma femme !

<— aaa— aiww mw èfrwaPCBoaasiaaéaOoaa SCENE XIII.

Les Mêmes , MARIANKE.

d'andreville. Oh ! enfin en voilà une...

Restez . messieurs , restez , laissez-moi faire. (// s'approrhr de Mar'atme.) Madame, voulez- vous tnc faire l'honneur d'accepter mon bras?

Marianne, passant rapidement* . Monsieur, je ne vous connais pas.

d'andreville. Ni moi non plus; sans ça, où serait le plaisir? Si nous nous connaissions, ce serait la chose la plus simple; mais. m nous éiant jamais vus, convenez que c'est original.

MARIWYE. Mais monsieur ..

d'andreville. Allons, madame , vous voyez que j'y mets de la p ditesse, des formes, et je ne voudrais pas être obligé... 11 veut lui prendre le bras,

MARIANNE. Grand Dieu! enquelles mains suis- je tombée !... Qui ètes-vous? Ali ! vous vous trompez, ce n'est pas à moi que vous en voulez... Laissez-moi... lais>ez-moi...

d'andreville. Vous laisser '.... Non pas!... vous n avez pas le moindre titre à la clémence : ni laide ni vieille! Allons, madame, veuillez nous accompagnera bord.

TOUS. Oui, à bord!

Marianne. A bord!... Mais je ne me trompe pas!... des épaulettes, des uniformes!... ce sont des officiers de marine

Ah! je suis sauvée!... Messieurs, messieurs, vous ne savez pas qui vous insultez... Je suis la femme de Cerdic, un officier, un marin comme vous... celui qui a fait amener pavillon à trente navires anglais ; qui compte dix-huit blessures reçues dans quarante combats... Oh! vous ne voudrez pas déshonorer un de vos frères d'armes, insulter à une gloire si parente de la vôtre... Officiers de marine, qui que vous soyez, respect, respect à la femme de Cerdic le Breton !

d'andreville. Cerdic! Cerdic, ditesvous?... cet officier bleu , le plus insolent de tous!... Comment! il oserait, au nez et à la barbe des gardes du pavillon, avoir une aussi jolie femme!. . Oh! le ciel est juste en nous jetant sur votre passage.... il nous fait réparer un oubli... Les jolies femmes appartiennent aux nobles marins.

Il lui montre ses camarades prêts à la saisir.

MARIANNE! Quoi! vous oseriez! .. Oh!

lâcheté! lâcheté! dix hommes contre une femme!... Eh bien! si ce n'est point par honneur que vous me respectiez, que ce soit par prudence du moins: Cerdic revient; il est en mer... il approche de la côte... Tremblez! tremblez!... Si vous l'insultez dans tout ce qu'il a de plus cher, tremblez ! Et ne vous croyez pas en sûreté

* D'Andreville, Marianne , Souvray, Beaugencjr.

L'OFFICIER BLEU

sur \ os vaisseaux; il extermine toujours ceux qu'il attaque, et ce n'est pas en combattant des lâches connue vous qu'il succomberait.

d'am>hkyii.i.e. Oh! oh! de la colère, des insultes! c'est loi t maladroit dans votre situation ; car enfin, si tous vous laissions aller, VOUS croiriez que nous avons peur. Tous commuerez vos déclamations à bord. Allons, allons, plus de délai ; et. puisqu'il le faut, en ployons la force avec toute la douceur possible.

Ils la saisissent.

MARIANNE, se dtbattanl. AuSPCOUrs! au secours !.. Et t'eidic n'est pas loin ptutètre... Ah ! fatalité! fatalité!

On l'emporte. GeTvaîse sort de la maison. D'ANDREVTLLE.J'ai gagné mon pari.

Il sort à la suite de» gardes du pavillon.

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