SCENE VIII
D'ANDREVILLE, LE REPRÉSENTANT JEAN, Gardes*.
d'andremlle. Ah çà ! où diable me conduisez-vous ?
le représentant. Tu es devant le représentant du peuple.
d'andreville, à part. C'est ça qui représente le peuple... il est bien laid.
le représentant. Comment t'appellestu?
* Jean au fond, le représentant , d'Andreville, Michel au fond.
d'andreville. Léon, marquis d'Andreville.
LE REPRÉSENTAIT. Andreville tout ' court! la noblesse et les titres sont abolis.
D'AxniiEvii.i.i;. C'est ça, on commence par les noms et on finit par les I
LE représentant. Tu reconnais avoir fait partie des gai des du pavillon?
d'andreville. J'ai encore l'uniforme rouge; il n'y a qu'en bonnet que la couleur m'a toujours déplu.
LE représentant. Trêve de réflexions, je suis pressé.
d'andreville. Et moi je ne le suis pas.
le représentant. Reconnais-tu cette aiguillette?
d'andreville. Oui.
LE représentant. T'apparlient-elle ?
d'andrea ille. Ali! ma foi, je n'en sais rien; comme elles se ressemblent toutes, et qu'elles n'ont point de marques...
LE REPRÉSENTANT. Cherche bien dans ta mémoire ; cette aiguillette est à toi ou à ton camarade Henri de Marsay, prisonnier aussi; elle a été laissée par l'un de vous dans une circonstance telle que tu dois te rappeler, si cette aiguillette t'appartient.
d'andreville. Ah! diable!... {A part.) Du ton dont il me dit cela, cette aiguillette ne présage rien de bon. .. mais n'importe, elle doit être à moi. .. Ce pauvre Henri, lui le Caton de la marine, oublier ces objetslà, qu'on n'oublie que dans quelque mauvais coup... sans compter que, si c'est une chance de condamnation, je ne dois pas la lui laisser.
le représentant. Eh bien!
d'andreville. Eh bien, je réfléchis...
je cherche... Si vous croyez que c'est facile... il y a tant d'excursions d'où je suis revenu sans chapeau, sans épée, et avec la moitié d'un habit... c'était bien pire... et quand on a une mémoire riche en ce genre... (A part.) Serait-ce le jour des banquettes cassées au théâtre?... le jour de la prise d'assaut du café?...
LE représentant. Tu refuses de répondre?
d'andreville. Non, j'ajourne.... ( A part.) Ah parbleu ! m'y voilà.... c'est le soir où nous avons fait invasion chez ce marchand du port, que nous avons mis sur le pavé par une nuit d'hiver, pendant que nous soupions avec sa femme... il me semble en effet, que c'est le mari qui m'interroge... Oh ! alors, ma tête est en danger... c'est la peine du talion.
le représentant. Accusé Andreville, ma patience est à bout.
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D'ANDREVILLE. C'est comme la mienne.
(A part.) Ce n'est pas le mari, je me trompais... cependant il a bien la tournure d'un.. . mari... enfin, que ce soit là où ailleurs, je suis bien sûr... (Haut.) Oui, représentant, cette aiguillette m'appartient.
LE REPRÉSENTANT. Et tu vas nous dire dans quelle circonstance tu l'as laissée.
D'ANDREViLLE.Dansquellecirconstance?
oh ! pour cela, par exemple, ma modestie m'empêche de parler.
jean. C'est lui!... c'est ce brave jeune homme.
le représentant. Il suffit!... Citoyens, l'action du ci-devant Andreville, que vous connaissez tous, lui mérite sa grâce... Citoyen Andreville, tu es libre.
TOUS. Vive la nation !
d'àndreville, à part. Comment ! ma grâce pour avoir soupe à crédit avec la femme d'un marchand du port! ma grâce!
JEAN *. Je crois bien. . . tu ne l'as pas volée.
d' andreville. Mais je crains... Vous vous trompez peut-être.
LE représentant. Apprends, ci-devant, qu'un représentant du peuple ne se trompe jamais... ( A Jean et à Michel. ) Suivezmoi.
jean. Citoyen, tu as eu là un beau trait de courage, et je ne tarderai pas à venir t'en témoigner ma reconnaissance.
Jean, Michel et le représentant sortent.