‹ ThéâtreChapitre 681 sur 846 · SANNOIS, PEREZ · texte numérisé non relu

SANNOIS, PEREZ

perez. Monsieur le marquis se lève de grand matin, à ce que je vois.

SANNOIS. Oui, mon cher Perez... c'est une si bonne chose de respirer l'air pur qui vient de ces montagnes... Le repos, la verdure, le chant des oiseaux... tout cela me rafraîchit l'ame, me calme le sang.... d'honneur, j'étais né pour la vie champêtre... Tusouris, Perez.

perez. Monsieur le marquis se trompe, je ne souris pas du tout.

SANNOIS. Mais toi-même déjà levé?

perez. Ah! moi, c'est différent... Si je quitte mon lit de bonne heure, ce n'est pas pour admirer la nature... c'est par devoir et aussi un peu par habitude... j'aime à connaître tout ce qui se passe autour de moi, à tout examiner... (appuyant) à tout voir.

sannois. Oh! je le sais, rien ne t'échappe, même les choses les plus insignifiantes... Mais je ne te blâme pas... c'est pour ta maîtresse que tu veilles... et dussé-je être à mon tour l'objet de ta surveillance, je te pardonne.... je t'approuve — tout pour la duchesse, rien pour les autres, rien pour moi... tu as raison.

PEREZ. Oui, monsieur le marquis, je crois que j'ai raison.

SANNOIS. Tout-à-1'heure, tu m'as vu parler à un de mes gens que j'envoie à la ville?

ferez. A la ville... ( montrant la petite porte ) par 14? Mais il aura une demi-lieue de plus à faire... il me semble qu'il était plus naturel de le faire sortir par la grille.

SANNOIS. Sans doute, Perez... mais j'ai de? motifs pour désirer que tout ie monde

ne sache pas... C'est un message important et secret... je confie cela à toi dont je connais la discrétion.

periîz. Ah! je ne vous demande pas cette confidence.

sannois. Qu'importe! je veux te parler avec franchise.

PEREZ, à part. Il va mentir.

sannois. Je rends grâce au hasard qui t'a amené ici plutôt qu'un autre... car il faut que tu me secondes, Perez... Ta belle et bonne maîtresse persiste à s'ensevelir dans une solitude morne et absolue... j'espérais, moi, son sincère ami, la faire changer de résolution, c'est pour cela que je suis venu... mais mon amitié n'y peut guère... toi, tu pourras peut-èire davantage. Unissons-nous donc dans son intérêt... conseille-lui de se distraire... qu'elle reste ici dans ce château, bien, puisque c'est sa volonté... mais au moins qu'elle consente à laisser embellir, animer sa retraite. Tiens, le premier pas est fait... je l'ai amende, ça n'a pas été sans peine, tu le sais, à faire ce matin une petite excursion dans les environs... Il faut que tu nie viennes en aide, mon cher Perez, pour que cette distraction ne soit pas la dernière... Pardieu! n'est-il pas vrai que ce serait grand dommage qu'une si belle fleur se flétrît fauted'air et d'espace? Puis-je compter sur toi?

perez. Absolument comme je compte sur vous, monsieur le marquis.

SANNOIS. Ah! c'est bien... je te remerrie. .. Mais j'aperçois la duchesse dans celle allée, je cours lui présenter mon hommage... Au revoir, mon bon Perez — tu seras discret, n'est-ce pas?... Tu ne diras rien?

perez. Rien.

Soitie de Sannois, au tond, à la droite du public.

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