DISTRIBUTION DE LA PREMIERE JOURNÉE
M. DE GERMAN Y. vieillard infirme et près du tombeau. . M. Moessard. Georges DE GERMANY, joueur, fils <i;i précèdent,
âgé de vingt-cinq an* M. Fréo. Lemaitre.
WARNER, chevalier d'industrie, ami de Georges, âgé
de vingt-six ans M. Mesnier.
DERMOiST, négociant -armateur, oncle d'Amélie, âgé
de quarante-ciii(] ans M. Thérighy.
RODOLPHE, âgé de vingt-deux ans M. Jemma.
Un Magistrat M. Dugy.
Un Officier, commandant huit cavaliers de maréchaussée. M. Hérêt. VALEWTJW , domestique de M. de Germany, âgé de trente
ans M. Vissot.
Un Domestiqce de la maison de jeu M. Laisné.
Un Banquier de la même maison M. Millot.
AMÉLIE, riche orpheline, fiancée de Georges, élevée
chez M. de Germany, âgée de seize ans Mme Allan-Dorvai.
LOUISE, femme de charge et gouvernante d'Amélie, âgée
de trente-cinq ans Mraf Zf.lie Paul.
Domestiques et Femmes de chambre.
Troupe de Joueurs.
Cortège conduisant les époux, et autres personnages accessoires.
L'action de la première journée se passe en 1790. La scène est à Paris, d'abord dans une maison de jeu, et ensutte chez M. de Germanv.
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Le théâtre représente plusieurs salons éclairés, et faisant suite les uns aux autres. — On voit dans celui du fond une table de jeu , autour de laquelle s'empressent une foule de joueurs. — Le devant de ia scène est libre, et seulement meublé de banquettes et de chaises. — Il est minuit.
r SCÈNE I. ''"" ne va pins. Vingt-neuf, rouge, impair et
(Société nombreuse dans les salons. — Un mouvement passe.
continuel régne parmi les joueurs. ) (Tous les joueurs, occupés diversement , se rapprochent
... , nvi-in ti^\t-v/-m nnn . n i-vr- de la table avec précipitation. — Warner s'avance sur
WARNER, RODOLPHE, ensuue Georges DE ]a ^ (enant ^ * . & (le ,)||lr|s He ba • >t
GERMANY , LE BANQUIER. hiuai sonner de )or. j
LE BANQUER. WARNER.
Faites le jeu, messieurs... Le jeu est fait, Vingt mille francs, et deux cents pié< es
TRENTE ANS
d'or!... je n'avais pas cent francs il y a quelques heures... Ma foi, vive le jeu ! j'ai retiré trop tôt mon argent , jetais en si belle veine ! j'aurais dû faire paroli...
LE BANQI'IER.
Faites le jeu, messieurs * !
RODOLPHE, venant d'un des salons.
Que le ciel me punisse, j'ai mérite mon malheur.
WARNER, à part.
Ah! l'ami Rodolphe a perdu! (Haut.) Eh! quavez-vous, mon cher, vous ne paraissez pas content de la fortune?
RODOLPHE
Pardonnez-moi, monsieur ; la fortune me traite de manière à me corriger pour jamais. Depuis huit jours que vous m'avez séduit, entraîné dans cette maison, j'ai vu, suivi, subi toutes les chances du jeu, et j'ai perdu vingt mille francs. >. l'élus ! c'est le tiers de la fortune que mon vertueux père avait lentement acquise par un honorable travail; mais je ne le regrette point, puisqu'à ce prix j'ai fait l'apprentissage des hommes qu'il faut fuir, et des lieux qu'il faut détester.
WARNER
Eh! voilà le thème ordinaire de tous les joueurs maltraités; un sourire du hasard, ils changentaussitôlde ton. Allons! consolez vous, et soyons philosophes... Je vous démontrerai certain coup... Mais, chut! j'aperçois quelqu'un dont je veux, en ami, que vous fassiez connaissance.
RODOLPHE
C'est M. Georges tle Germany.
WARNER, confidentiellement.
Nous nous réunissons ici toutes les nuits. Oh! c'est un joueur intrépide, je vais...
RODOLPBE.
Non... de grâce! ne me nommez pas ici! GEORGES, arrivant avec empressement, et s'essuyant le front.
Ah! j'arrive enfin! Bonjour, Warner; quelle heure est-il?
WARNER
Minuit.
GEORGES
Aussi tard ! fatalité!... Je comptais sur cette nuit; car le soit, depuis quelques jours , s'acharne à me persécuter. Tu sais que j'ai perdu les trente milie francs que mon père m'a remis pour acheter les diamants que je dois offrir à ma charmante future ; tu conçois donc qu'à tout prix il me fallait de l'argent; j'ai couru chez notre usurier, le traître était parti ; je l'ai relancé jusqu'à sa campagne, et tu vois^ j'arrive.
" Pendant tout ce tableau , jusqu'au grand récit de Georges, le jeu continue, et l'on entend la voix du banquier proclamant les diverses chances.
c^jb
WARNER
il fallait me parler; je sois en veine... j'ai gagné.
Je ne pouvais le deviner... J'ai f.iit ressource de quelques bijoux, qui, malgré la t<;na< ité île I arabe impitoyable, se sont, comme Jupiter métamorphosés en cette rosée d'or
( 11 lui montre des louis. )
Warner.
J'aurais fait ton affaire ici ; mais n'importe, te voilà les armes à la main. Attaque la fortune en homme de courage ; un peu de témérité! cet argent te portera bonheur.
GEORGES
Jouerai-je ce coup d'hier, qui, par parenthèse, rn'a coûté cent louis?
WARNER
Non.
GEOP.CES.
Tu me lavai? conseillé.
WARNER
Oui; mais j'ai réfléchi; attends l'impair; joue passe et la couleur, puis deux fois pair ; double toujours tes enjeux... il faut que la banque saute au quatorzième coup.
GEORGES
Fortune! aceorde-moi seulement une demiheure, et je suis à-la-fois le plus heureux des hommes, des amants et des époux!
WARNER
Va, joue et gagne!
Attends-moi.
( Il court se mêler à la société dans un autre iitlon. ) RODOLPHE.
Le malheureux! quel désordre!... MaisWar. ner revient.
WARNER , à part , écrivant sur ses tablettes.
11 lui faut un écrin... précisément, j'ai vu chez la discrète dame, qui fait ici certain trafic, une parure... (Pliant le billet qu'il vient d'écrire, et apercevant un domestique.) Monsieur de la chambre! écoutez... Ce billet, tout de suite à la dame Sarabec ; ici dessus.
LE DOMESTIQUE
Je sais, monsieur.
( Le domestique sort.
RODOLPHE, à part.
Que prépare-t-i! ?
WAiRNER, serrant ses tablettes.
L'affaire sera bonne... (A Rodolphe.) Eh bien! mon cher, vous n'avez pas voulu que je vous présentasse à mon ami; tant pis pour vous. . un charmant garçon, qui sera riche sous peu..
RODOLPHE
Comment?
WARNER
Un mariage superbe ! une petite femme charmante!... c'est un ami à faire»
I" JOURNÉE, scenl: 1.
RODOLPHE
Vous connaissez donc sa famille?
WARSER.
Certainement : c'esi moi qui forme ce jeune homme; je l'ai lancé dans le monde.
RODOLPHE
Ah! je comprends... mais on dit que son père, M. dcGermany, est un homme sévère et de mœurs rigides.
WARSER.
Oit ! c'est le plus grondeur des vieillards; mais, grâce à mon adresse, le bon homme, déjà tout plein d'infirmités, souffrant dans son fauteuil, nous croit de petits saints; et, comme nous attendons un gros héritage, nous empruntons sur l'avenir; et c'e.st moi «|tii négocie, en attendant la dot que nous loucherons demain.
RODOLPHE, se contraignant.
C'est admirable!... et sans doute la jeune demoiselle est dans le secret?...
WARSER.
Du tout!... Orpheline dès 1 âge de dis ans , e/le lut élevée dans la maison même de -M. dé Germauy. Elle a bien encore un oncle que l'on attend pour le mariage, et dont elle dépend un peu; mais il revient, je crois, des Indes ou du Mexique; et, comme il a donné son consentement, nous ne le redoutons point. Ce mariagelà, mon cher, ne sei*a pas long-temps calme; Georges aime l'indépendance; l'innocente Amélie est douce, sentimentale... Un s'accordera peu.
RODOLPHE
Vous craignez cela?
WARSER.
Au contraire... Vous êtes un novice; c'est une femme qu'il faudra consoler.
RODOLPHE, à part.
Le misérable !
WARNER
Mais je cause, tandis que ce cher Georges s'escrime de toutes armes pour regagner les diamants qu'il doit offrir à sa belle. Si vous jouez ce soir, je vous conseille d'essayi r le coup que je vous ai montré : 3, 7 , t5... Adieu, iious nous reverrons.
( 11 s'éloigne. ) RODOLPHE.
O ciel ! dans quel repaire me suis-je laissé conduire!... misérable Warner! et ce Georges... pauvre Amélie!... ils vont la sacrifier... je voulais tuir tout-à-l'heure... et maintenant je ne sais quel pouvoir, quel intérêt me retient ici... (Un étranger, d'ur. certain âge, entre d'un air timide et embarrassé : c'est Dermout; il tient son chapeau à la main.) Un étranger!... la rougeur couvre mou front des que j'aperçois un visage nouveau. Grand Dieu! je le connais, c'est un négociant de Marseille ; je l'ai vu dans un voyage ; ilest encore en relation avec ma l'a in il le... Quoi!
il vient ici!... Mais évitons sa rencontre, et tâchons d'observer Georges.
scj:ne 11.
Les Mêmes, supposés dans d'autres pièces; DER.MONT.
DERMONT s'avance, tenant son chapeau à la main. C'est donc ici! j'ose à peine avancer. C'est la première fois de ma vie que je vois une semblable maison.
US DOMESTIQUE, venant à lui.
Monsieur, votre chapeau?
DERMOUT.
Je vous remercie, mon ami, de votre prévenance; je le garderai.
LE DOMESTIQUE
Ce n'est pas l'usage, monsieur.
DEEMOBT.
Ah!
LE DOMESTIQUE prend le chapeau , et remet à Der
mont un numéro.
Vous le reprendrez en sortant, numéro 1 13
( Tout à roup un tumulte s'élève à la table de jeu.)