‹ ThéâtreChapitre 751 sur 846 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ARTHUR , puis CARPENTIER , Amis

h'Arthur.

ARTHUR , courant après Marie. Marie !

(f.a porte de la maison se referme sur Art/iur.) Merci ! {Apercevant Carpentier et ses amis.) Oh ! ces messieurs ! je ne risque rien s'ils m'ont vu me casser le nez sur cette porte ; mais ils ne rient pas, ils n'ont rien vu.

carpentier. Ah çà ! nous expliquerezvous, Arthur, pourquoi diable vous nous avez quittés si brusquement en nous criant : Par ici ! par ici !

ARTHUR. Eh bien! c'est que... c'est que d'un côté j'avais cru apercevoir Marie... mais je m'étais trompé... ce n'était point elle... et j'en suis fâché... j'aurais été charmé d'avoir l'avis de ces messieurs sur cette petite. Ils m'auraient dit si j'ai bon goût.

CARPENTIER. Comment ?

ARTHUR. Eh ! oui... ne comprenez-vous pas?... elle me plaît.

Carpextier. Au fait , Marie est jeune et gentille.

Arthur. Une bouche, des yeux... (A ses amis.)\ ous la verrez.. . je vous la montrerai... et vous médirez s'il y a beaucoup de femmes de la ville qui pourraient supporter la comparaison avec cette paysanne-là.

le fremier ami. Eh quoi ! c'est une paysanne ?

ARTHUR. Oh! cet autre... ne dirait-on pas qu'il n'a jamais courtisé que des duchesses... mais, par exemple, ce qui m'étonne... ce qui me confond... c'est que Marie est sage... c'est qu'elle résiste à toutes mes séductions... Oh! mais je redoublerai d'instances et d'adresse, et il faudra bien qu'elle cesse d'être cruelle pour moi.

carpentier. N'y comptez pas.

Arthur. Vous croyez ça ?

Carpentier. N'y comptez pas, vous dis- je ; demain Marie ne sera plus à Ormesson.

ARTnUR. Eh bien! mais je la suivrai.

Carpentier. Tous la suivrez ?

Arthur. Partout. Je suis capable de ça, moi , d'abord , si je me le mets en tète.

carpentier. En ce cas, écrivez vite au Havre et demandez passage sur le vaisseau qui doit la conduire au Sénégal.

ARTHUR. Au Sénégal?...

carpentier. Sans doute ! Marie va partir avec Mme Villette pour aller rejoindre Georges à Paris, et de là ils se dirigeront tous trois vers le Sénégal.

ARTHUR. Est-ce possible? est-ce bien possible?...

carpextier. Oh ! ce que je vous dis là est positif.

arthur. Au Sénégal, avec Georges! et moi qui m'étais llatté... Mais e'tstqueses rigueurs m'avaient piqué au vif... c'est que j'avais juré qu'elle serait à moi... Ah ça! mais... si je l'enlevais?...

Carpextier. L'enlever! pourquoi

pas ?

premier ami. Nous sommes là, nous t'aiderons...

carpextier, à part. Flatter les passions des gens, c'est toujours le moyen de les avoir pour soi... et Arthur, au besoin, me soutiendrait dans l'esprit de son père, dont il fait tout ce qu'il veut.

ARTHUR, à ses amis. Oui, cette idée me sourit. (A Carpentier.) Mais quand Marie part-elle?

Carpextier. Oh ! vous avez tout le temps. . . il n'est pas probable que madame Villette parte à pied... sa sauté s'y oppose... Si elle demande des chevaux à votre père, vous achèterez le cocher pour un écu... Quant à la voiture du père Pajet, la seule dont elle puisse disposer à Ormesson, elle est à Saint-Denis pour le moment... elle y a mené Philéas, qui, palmes ordres, est allé chercher chez moi quelque chose dont j'ai besoin. Philéas ne sera pas de retour avant minuit ; les chevaux de Pajet seront fatigués, il leur faudra au moins quatre ou cinq heures de repos... Madame Villette ne pourra guère partir qu'au petit jour. Vous voyez bien que vous avez devant vous plus de temps qu'il ne vous en faut pour enlever Marie. filais qu'avez- vous donc? vous voilà tout rêveur...

ARTHUR. Oui, je réfléchis... je pense que cet enlèvement est un rapt, et que si j'étais reconnu...

carpextier. Enfant que vous êtes! un déguisement, un masque sur le visage... et après l'événement, on est le premier à faire tomber les soupçons sur un autre...

ARTHUR. Oui, oui, vous avez raison, je ne songeais pas à cela ; mais, Carpentier, vous êtes un homme précieux... vous êtes d'une fertilité d'idées...

carpentier. C'est vrai, les idées ne me manquent pas... aussi suis-je toujours là pour en prêter aux autres... qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas un avantage, un intérêt pour moi... je n'y regarde pas... c'est comme ça que je suis, moi !

ARTHUR. Allons, allons, c'est convenu, nous enlèverons Marie... Ah! Georges,

MAGASIN TUEATnAL,

c'est un bon tour que je te joue là... aussi, maintenant j'oublie tout... jeté pardonne, je ne t'en veux plus...

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