‹ ThéâtreChapitre 765 sur 846 · CARPENTIER · texte numérisé non relu

CARPENTIER

Ah! maintenant attendons Duverney...

je lui ai fait dire de venir me trouver ici. . . ici, dans celte partie éloignée du château, je crains moins d'être dérangé... je pourrai parler... Sa situation se complique... il faut la brusquer vivement .. ii y va de ses intérêts, et des miens... J'aurais pu agir à son insu... mais je veux qu'il sache tout ce que je puis faire pour lui dans cette circonstance... Le moyen est terrible, mais lesévénemens nous l'offrent... ils sont nos maîtres. (Montrant sa boîle de pharmacie.) Tout est déjà préparé!

En ce moment entre Duverney.

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CARPENTIER, DUVERNEY

. dl'verney, pâle et défait. Que me vou- .lez-vous?.. qu'avez-vous à me dire, Carpentier ?... Pourquoi n'être pas venu chez moi ?... pourquoi me mander ici?

Il se laisse tomber sur un siège.

CATtPENTlEU. Cet appartement est isolé,

* Carpentier, Marie, Phileas, Jacqueline .

nous serons plus seuls... nous échapperons mieux à cette espèce de curiosité

niaise qu'inspire une grande douleur

Mais vous êtes bien pâle, bien abattu.

DUVERNEY. Arthur! mon fils... en un jour perdre l'objet de mes plus vives affections, et voir s'anéantir mes plus ibères espérances !

CARRENTIER. Dé la foi ce, du courage

ne vous laissez pas maîtriser pur !;i douleur... c'est une ennemie epu nous hifc si nous n'en triomphons; et puis on doit toujours voir sa situation par ce qui lui reste d'avenir, cYst le vrai moyen de ne pas trop souffrir du passé.

DUVERNEY. Vous êtes sans pitié.

Carpentier. Qu'importe, si je parviens à vous rendre l'énergie qui vous est nécessaire. Je n'ai pas oublié , moi, la confidence que vous m'avez faite hier, et je veux empêcher votre ruine... oui, votre ruine est certaine.

DUVERNEY. Que dites-vous?

CARPENTIER. Le meurtre d'Arthur, commis par lin frète, a forcé le gouvernement à vous combattre... Ce qui est pour vous un juste sujet de larmes n'est , aux yeux du ministère, qu'un scandale, et l'opposition , toujours prompte à tirer parti des moindres circonstances, a profité de l'événement. Son candidat l'emporte... il est élu...

DUVÈRNËY. Plus d'espoir !

CARPENTIER. Quand on est îiche, il y a toujours de l'espoir... mais votre fortune se borne aujourd'hui à l'héritage de MUe Yeineuil , vous me l'avez dit... et Georges peut d'un moment à l'autre réclamer la dot de sa mère... Si ce n'est pas là le plus grand de vos malheurs, c'est du moins le seul qu'il soit possible d'empêcher... Songez-y.

DUVERNEY. Vous m effrayez... et ce ton de gravité inaccoutumé...

CARPENTIER. C'est le mien dans l'occasion... Àvez-vous réfléchi, Duverney, à votre position actuelle , à celle de chacun autour de vous? Savez-vous ce qu'on peut tenter pour changer la face des choses?...

DUVERNEY. Non.

Carpentier. Le chagrin vous absorbe.

Examinons ensemble... il faut tirer parti de tout, c'est l'esprit du siècle. L'idée du meurtre qu'il a commis a troublé la raison de Georges, un accès de fièvre cérébrale a mis ses jours en danger ; mais il n'est rien résulté de sérieux de cette démence, qui** n'est que momentanée... Oui, un peu de calme, quelques jours de repos et de soins.

PAUVRE M ÈRE

et Georges es< sauve. \ oilà ce qu'on peut craindre.

m \i i!\i.v, à /art. Où veut-il en venir?

CARPENT1KR. D'un autre côté, il y a Lieu Mm" \ dlette qui nous menace de ses révélations ; mais personne ne croit ce qu'elle dit... elle est peu redoutable. A ous comprenez bien ce qu'une semblable situation ortie d'avantageux ?

dumumy, à part: Quelle pensée!

CARPENTIER. Ne croyez pas que mes intérêts me guident... lis sont liés aux vôtres , j'en conviens... le passé nous unit plus fortement que l'avenir, c'est une conséquence... mais... Vous m'éeoutez, n'estce pas?... La mort de Georges réparerait

tout un père est l'héritier naturel de

son fils...

DUYEIUYEY, à fiait. C'est vrai.

CAItPEMTIER. Ce que la maladie n'a pas amené , l'art pourrait le produire.. .Vous m entendez ?

DGYERNEY. Oui.

CARPEntilr. La mort est un cas fort ordinaire dans la maladie de Georges. Les soins que je lui ai prodigués durant son accès me donnent la facilité d'atteindre notre but... et cela sans nous compromettre en rien ni l'un ni l'autre. Je songe à tout , soyez sans crainte. J'ai là ma pharmacie de campagne... comme la boîte de Pandore , tous les maux en sortent... mais l'espérance reste au fond... et pour vous l'espéiance c'est la conservation d'un bien-être auquel vous êtes accoutumé...

L'idée que votre vieillesse peut être en proie aux besoins de la vie justifie tout à mes veux... (// sort une petite fiole de sa boîte.) Voilà une préparation dont les effets seront certains.

DtlVERNEY. Et vous êtes sur?...

GEORGES , au dehors, du raté de la fenêtre. Laissez-moi, laissez-moi, je veux voir mon père !

DLYERNEY. C'est la voix de Georges I

CARPENTIER'. Georges! lui!

DUVER\EY, qui a regardé par la fenêtre. Il accourt de ce côté.

CARPENTIER. Evitons-le ; venez, nous n'avons pas encore tout dit à son sujet.

Ils sortent par le fond ; Carpentier tient toujours à la main le poison.

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