GEORGES, M™ VILLETTE
Elle accourt précipitamment, et s'arrête un moment au fond, puis s'approche doucement de Georges.
Mm,f yillette. Levoilà... Georges!...
GEORGES. On m'appelle?
Mme villette. Ne me reconnais-tu pas?
Georges. Qui ètes-vous ? que me voulez-vous? Où est mon père ? vous le savez ; dites-le-moi, dites-le-moi. Non , non...
Il \;i a la fenêtre et regarde dans le jardin.
Mn'° villette. Moniils!...
GEORGES. Son fils!... Pourquoi m'appelez-vous votre fils? Non , non , je ne suis pas votre enfant... laissez-moi... laissezmoi... je porte sur mon front le signe brûlant du fratricide ; cette nuit , cette nuit, j'ai commis un meurtre, mon frère Arthur, je l'ai tué... fuyez, fuyez-moi.
Il se laisse tomber sur un fauteuil.
Mme VILLETTE , à genoux près de Georges. Georges, tu n'es pas coupable; non, tu n'as pas voulu commettre un crime...
GEORGES. Je suis maudit.
Mme yillette. Fatale idée! seule elle prolonge cet état... Mon enfant! as-tu perdu le souvenir de ce temps où l'instinct du cœur te faisait suivre mes avis et croire à mes paroles... Autrefois, quand tu étais tout jeune, tu m'écoutais... aujourd'hui que le malheur m'a rendue nécessaire encore , tu m'écouteras.
Georges. Oui, oui, parlez... parlezmoi toujours.
Mmp yillette. Tu sais bien que je ne puis vouloir te tromper, moi... {A part.') O mon Dieu! m'entendra-t-il?... me comprendra-t-il, cette fois-ci ? {Haut.) Georges, apprends donc un secret... un important secret.
GEORGES. Un secret?..
Mme yillette. Arthur n'était pas ton frère..,, la même femme ne vous a pas donné le jour... ta mère à toi elle existe encore... pour t'aimer... pour te combler de ses soins et de ses caresses !
GEORGES. Que dit-elle donc, cette femme ?
' Mm( Yillette, Georges.
MAGASIN THEATRAL
Mme VILLETTE > W>EC désespoir. î\Jon Dieu! mon Dieu, nia voix n'arrive pas jusqu'à son cœur... {Elle F enlace de ses iras.) Georges! Georges! c'est moi qui t'ai porté dans mon sein ; je suis ta mère... entends-tu , ta mère?
GEORGES. Ma mère! vous? non, non; elle est morte , ma mère ; si elle eût vécu je serais plus heureux... mon père m'aimerait peut-être... et il m'évite, il ne veut pas in 'entendre... quand un mot de lui me ferait tant de bien ! Si vous saviez comme je souffre là ; c'est là.
Indiquant son front.
M™ villette". Ecoute!., écoute-moi. . .
il faut que tu saches... que je t'apprenne ce secret...
Georges. J'ai un secret aussi à vous confier, moi... ne me trahissez pas... (Il se lève.) Cette nuit... Villette, Marie et moi nous partons. On ignore mon retour au château ; mon père me croit à Paris , l'obscurité m'a protégé , personne ne m'a vu , personne. . . Ah ! c'est toi , Villette ? tout est-il préparé?... Bien, bien... Marie où est-elle? chère Marie! va la chercher.... Des armes? ne crains rien, j'en ai sur moi... Ecoute !.. on crie au secours. . . cette voix. . . c'est celle de Marie?... Les misérables , ils l'enlèvent ! (// fait le geste de tirer un coup de pistolet.) Elle est sauvée! elle est sauvée !.. Cet homme masqué , je l'ai blessé ; il est là... là... Voyons... ah!...
Mme villette , se laissant tomber à genoux auprès de Georges. Pitié, mon Dieu! pitié pour lui !
Elle s'est emparée de la main de Georges qu'elle mouille de ses larmes ; moment de silence.
GEORGES. Vous priez?... pour Arthur, n'est-ce pas?... je l'ai tué... tué... Frère... grâce!., grâce!., c'est moi... moi... ah!..
Et étouffe par les sanglots il tombe sur un fauteuil qui se trouve près de lui ; Mme Villette alors se relève précipitamment, court a Georges comme pour lui donner quelque consolation.
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