‹ ThéâtreChapitre 817 sur 846 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

Les Mêmes, MARGERIN, MAUFILATRE, JOANNES, LE CONFESSEUR, le Bourreau, Archers, Camisards, Paysans, Paysannes, Habitans.

le sarreau, se penchant vers Champfleury. Est-ce l'instant?

champfleury , de même.

Je donnerai le signal , ayez les yeux sur moi. Le cortège est arrive près du crieur ; celui-ci fait signe aux porte-trompes qui sonnent un appel ; un silence profond s'établit peu à peu dans l'auditoire. joannes, toul-à-fait du fond, lorsque le crieur s'apprête à lire le papier qu'il tient. Place! place! (Murtnures de ceux qu'on dérange.) Laisserez-vous passer, vilains?... Place, mordieu! c'est un gentilhomme! le capitaine des dragons du roi!... Dérangez-vous donc! c'est le seigneur de Maufilatre I

Tous reculent avec crainte en murmurant son nom.

pierre, à demi-voix.

Je le croyais parti... Qu'est-ce que vient faire encore cet enfant de Barabbas?

CHAMPFLEURY, bas.

Attention!

maufilatre, au commandant des archers.

Au nom du roi ! ( Au confesseur. ) Laissez-nuus

un peu, mon père. (Il s'approche de Margerin, qu'il amène en avant à l'ccarl. ) Les heures ont marché depuis ce matin ?

margerin.

Je ne les compte plus.

maufilatre.

Te souviens-tu des propositions que je t'ai fai ; faire dans ton cachot?

MARGERIN.

Je les ai repoussées; que me voulez- vous encore?

maufilatre.

Te sauver au moment du supplice. Je ne veux pas te voir périr.

MARCERIN.

Tant d'insistance de la part du seigneur de Maufilatre!... En quoi donc peut l'intéresser ma vie?

maufilatre.

Ce n'est pas intérêt pour ta vie , pitié pour ton sort... non.. . je n'ai pas de pitié... et je te hais... c'est je ne sais quel cri de la conscience !.. . margerin Vous savez donc que je suis innocent?

maufilatre.

Je le sais.

margerin.

Eh bien!... il existe un coupable?

maufilatre.

Qu'un seul homme au monde pourrait faire connaître, et cet homme se taira.

margerin.

Que le coupable se nomme lui-même, et que votre influence le sauve comme elle veut me sauver.

maufilatre.

Et... si... c'était moi?...

margerin, reculant.

Vous... l'assassin du vieillard!...

maufilatre.

Par fatalité... oui... pourrais-tu me conseiller encore...

margerin, reprenant son attitude calme.

Je vous plaindrais, seigneur, d'être obligé de vivre couvert du sang de deux hommes qui ne vous ont jamais fait de mal, et je ne voudrais pas changer ma place avec la vôtre.

maufilatre.

Mais ton sang, tu vois bien que je ne veu\ pas qu'il soit versé.

margerin.

Oui, vous daignez me laisser la vie sauve, avec

la honte de l'action.

maufilatre.

Et la honte du supplice !

margerin. Elle ne peut atteindre qui ne la mérite pas

maufilatre.

Décidément, tu comptes sur d'autres secours

que les miens ?

margerin.

Je n'ai foi qu'en l'assistance du ciel.

maufilatre.

Je sais tout ce qui se prépare. . . ne laisse pas fuir

LES CHIENS DU MONT-SAINT-BKRNAIU»

lo moment... l'ne fois hors de cette enceinte, jo ne reviendrai plus sur mes pas... que pour faire

Justice.

margerin , avtt un sourire amer.

Justice:... Faites doue, monseigneur, et voyez si l'approche do la mort me fait pour... je suis moins pâle que vous.

MAUFILATRE.

C'est ton dernier mot ?

MARGERIN.

^Lc dernier.

MAUFILATRE.

Ta volonté suit faite! (Au Cricur.) Commcneei votre office.

il suri ; les trompes retentissent de nouveau : l'auditoire s'émeut.

champfleury, aux siens, bas.

Ne bougez pas, vous.

le crieur, lisant.

a De par haut et puissant tribunal du ressort de l'intendance de Grenoble, on fait savoir à tous qu'il appartiendra la grande justice qui va être faite sur la personne de Louis Margerin, imagier de la cathédrale, atteint et convaincu d'homicide sur la personne de maitre Thibaudier, orfèvre de la rue des Merlettes. Après que ledit Margerin, conduit sur la place du Marché, aura fait amende honorable devant la maison de la victime, il sera conduit au gibet et pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive. »

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