LA CHAMBRE D*ALIX ET DE 8LANCHEFL0R
ALIX
J’ai beau travailler, ma sœur, je n’aurai jamais fini (le broder c^-tte chape pour le saint jour de Pâques.
BLANCIIEFLOR.
Je t’aiderai, ma très-chère Alix, et avec la grâce de Dieu nous arriverons à temps. Voici que j’ai fini la couronne que je tresse à la sainte Vierge avec des grains de verre et de la moelle de roseau.
AUX
J’ai encore à faire tout ce grand pavot aux larges feuilles écarlates. J’ai bien sommeil, mes yeux sont
pleins de sable, la trame du canevas s’embrouille, la lampe jette des lueurs douteuses, l’aiguille s’échappe de mes doigts, je m’endors...
l’ange gardien.
Mon enfant, mon Alix, tâche de te réveiller; tu n’as pas fait ta prière ce soir...
ALIX
Paler noster, qui es in cœlis...
BLANCHEFLOR.
Je m’en vais te délacer et te coucher; tu rêves tout debout. Après, je me déshabillerai moi-même et dormirai à mon tour.
l’ange gardien.
La voilà presque nue; on dirait une des statues d’albâtre de la cathédrale, à la voir si blanche et si diaphane ; elle est si belle, que j’en deviendrais amoureux, tout ange que je suis, si je continuais à la regarder plus longtemps. Ce n’est pas la première fois que les fils du ciel se sont épris des filles des hommes. Voilons nos yeux avec le bout de nos ailes.
BLANCHEFLOR.
Bonne nuit, Alix !
ALIX
Blancheflor, bonne nuit !
premier ANGE GARDIEN.
Elles dorment dans leur petit lit virginal comme
UNE LARME DU DIABLE. 5
deux abeilles au cœur d’une rose. Soufflons la lampe et remontons là-haut faire notre rapport au Père éternel.