PROLOGUE D’OUVERTURE
Prenez votre lorgnon, pour voir la Comédie Qui là-bas dans un coin parle à la Tragédie.
l'esprit chagrin.
Thalie et Melpomène en conversation.
C’est un drame.
LE DIRECTEUR
Ces yeux où luit la passion Feront verser des pleurs en en versant eux-mêmes; Ces lèvres lanceront de sombres anathèmes.
Monsieur, il est bientôt l’heure de commencer. l’esprit chagrin.
Ah! mon Dieu! trouverai-je encore à me placer? le directeur.
Je suis vraiment flatté de votre inquiétude!
On se place toujours dans une solitude...
Vous vous contredisez, mon cher Esprit chagrin,
Mais déjà des archets j’entends grincer le crin;
Les trois coups sont frappés, on va lever la toile ;
On vous verrait tout vif. Filez... comme une étoile. Sur l’affiche du jour on ne vous a pas mis.
Au public.
Maintenant, ô vous tous, ô mes meilleurs amis,
Chers inconnus, public! grande âme collective, Cerveau toujours fumant où bout l’idée active,
Maître puissant, par qui tout génie est formé;
Public, sublime auteur qu’on n’a jamais nommé, Verse une part de toi dans les chefs-d’œuvre à naître : Si tu veux nous aider, il en viendra peut-être.
La nature n’a pas vidé tout son trésor.
Et Dieu nous doit beaucoup de poètes encor.
Patrie aux flancs féconds, sainte mère des hommes.
Ce que furent jadis nos pères, nous le sommes,
Et ton généreux sang, qui fit tant de vainqueurs.
N’a point perdu sa pourpre en coulant dans nos cœurs. Soulevons le passé qui sur nos fronts retombe :
Le laurier peut verdir ailleurs que sur la tombe.
Par trop de piété pour nos illustres, morts.
Ne décourageons pas de vivaces efforts.
D’un vol prompt, sur le toit, si le moineau s’élance. L’aigle qui va planer en rampant se balance :
Le but est le soleil, le chemin l’infini.
Et l’oiseau, palpitant, hésite au bord du nid :
Mais, quand il s’est lancé dans le vent qui l’appelle. Prenez garde qu’un plomb n’ensanglante son aile.
Car il est des chasseurs qui font la lâcheté De tirer sur un aigle ivre d’immensité!...
FIN Dü PROLOGUE d’oüVKRTDRB.