‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 196 sur 210 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

Les jeunes filles qui desservent le temple et soignent les fleurs de la forêt sacrée apparaissent portant des vases qu’elles vont remplir d’eau. Sacountalà, fille de la nymphe Ménaca et de Wisaoumitra, élevée par les soins de Ganoua, le chef des brahmes, entre en dansant et reçoit les salutations affectueuses de ses compagnes.

Elle va, penchant sur les fleurs des madhavis et des sirichâs les urnes que lui présentent ses amies Priyamwada et Anousouya. Tout à coup, du calice d’une malicâ s’élance une abeille qui voltige autour de la jeune fille la prenant pour une autre fleur. Sacountalà, redoutant l’aiguillon de l’abeille, cherche à l’éviter ou à la chasser.

Ses bonds effrayés la conduisent près du temple, d’où sort Douchmanta, qui fait fuir l’abeille et retient sur son coeur Sacountalà palpitante. De sa retraite, le roi a observé les grâces de la jeune fille, et il sent l’amour s’emparer de son âme.

La présence subite de Douchmanta étonne les jeunes filles, et rend Sacountalà confuse; elle reste rougissante

Pt les mains croisées sur sa poitrine, mais déjà troublée par la beauté et l’air noble de l’étranger.

Sacountalà, un peu remise de sa frayeur, interroge Douchmanta. Le roi lui répond (pi’il est un jeune bralimatchari (élève brahme), qui vient étudier les

Vèdas (livres saints) dans la retraite des pieux solitaires, Comme il a dépouillé les insignes de la royauté, cette réponse n’a rien que de plausible

Dès cet instant, Douchmanta est admis comme un bote dans la forêt sacrée. Sur l’ordre de Sacountalà, Priyamwada, Anousouya et leurs compagnes, après avoir conduit le roi à un banc de mousse, lui préserjtent des corbeilles de fleurs et de fruits; Sacountalà va elle-même puiser de l’eau, et l’offre à Douchmanta, dans une écorce de grenade.

Pendant qu’on lui rend tous ces soins, le roi fixe sur la jeune fille des yeux enflammés; il se lève, se rapproche d’elle, et veut lui exprimer sa passion. Sacountalà l’évite avec une coquetterie pudique, mais il finit par la rejoindre, et danser avec elle un pas de deux, qu’il termine, en la pressant sur son cœur, comme ivre d’amour.

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l u (les chasseurs perlant l’arc du roi entre sur la scène; il s’incline devant Doncliinanla, et lui ditcpi'un (■Icpliant furieux ravage la foret. Les flèches dn roi, qui n’ont jamais manqué leur but, peuvent .seules en « avoir raison. A lui appartient l’honnenr d’abattre le monstre, nouebmanta saisit l’arc, et s’éloigne en faisant signe à Sacountalà et aux jeunes fdles qu’il reviendra bient('»t .

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Le roi parti, Sacountalà redescend la scène, toute pensive. Elle porte la main à son cœur comme poub en comprimer les battements. L’amour qui l’agite lui fait peur ; celui qu’elle prenait pour un simple brahmatcharîest un roi puissant. De retour à son palais, sans doute il oubliera bientôt l’humble fille rencontrée dans la forêt des ermites. Accablée par cette idée donlon-

reuse, elle se laisse tomber sur un banc de gazon; ses compagnes l’entourent et tâchent de la rassurer ; elles la complimentent sur l’amour qu’elle a inspiré au roi ; mais Sacountalà, oppressée et brûlante, cache sa tête dans ses mains. Pour calmer la fièvre à laquelle elle est en proie, ses amies l’éventent doucement, lu' jettent des fleurs fraîches, et, voyant le sommeil descendre sur ses yeux, s’éloignent avec précaution sur la pointe du pied.

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