‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 34 sur 210 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Voici line jeune créature qui s’exprime avec beaucoup de facilité et qui n’est point tant sotte que je l’aurais cru; tudieu ! comme elle parlait d’abondance, et les beaux yeux qu’elle avait ! Si je n’étais le diable, c’est-à-dire un personnage assez peu érotique, je croirais en vérité que je joue au naturel le rôle d’amoureux, car je me suis senti au fond de moi deux ou trois petits mouvements qui pourraient bien être de la concupiscence, ou de l’amour, pour parler un langage plus harmonieux et plus honnête. Mais, à propos de l’autre, je lui ai donné rendez-vous au lever de la lune, sans songer qu’il n’y avait pas de lune aujourd’hui.

lÆ BON DIEU.

Satauas, vous avez des griffes aux doigts, mais vous mériteriez d’y avoir des membranes, car vous êtes bête comme une oie. Qu’allez-vous faire ? vous improviserez-vous une lune’ avec un transparent de papier huilé et un quinquet derrière, comme on fait à l’Opéra? car il vous faut une lune.

HK

SATAN AS

C’est une distraction un peu forte que j’ai eue là ; c’est le propre des grands génies d’être distraits. Vous-

même avez commis une bien plus étrange distraction

lorsqu’on créant la femme vous avez cru faire la femelle de l'homme. Ma bévue n’est pas d'ailleurs fort considérable; la chère demoiselle, le ciel fût-il noir comme la voûte d’un four ou l’âme d’un procureur, elle y verra la lune, le soleil, toutes les planètes avec leurs satellites, car il n’y a pas d’éclipse pour l’étoile d’amour. Cependant je serais bien aise que le soleil eût la complaisance de s’enfariner la physionomie pour ce soir seulement et de doubler sa sœur, puisqu’elle est indisposée.

LE BON DIEU

Idable ! nous ne sommes pas en carnaval pour qu’on se déguise ainsi ; je ne puis déranger mon soleil comme cela : je ne l’ai fait qu’une fois en faveur de Josué ; mais je m’en vais, pour te montrer que je suis un ennemi généreux, créer tout exprès un météore de la couleur et de la forme de la lune ; car je veux voir la lin de cette comédie, et je ne veux pas faire manquer le dénoûment pour si peu.

Parait uu mélcor<.'.

SATAN AS

Je ne sais comment vous remercier de votre obli-

UNE LARME DU DIABLE. fi7

f,'cance ; mais, si vous avez jamais de l’amour pour (pielqu’uii, je vous promets de ne pas le tenter.

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