UN MOIS APRËS — UN ERMITAGE PRÈS DE MONTMORENCY
SAINT-ALBIN, CÉLINDE
SAIST-ALBIK.
Comment vous habillerez-vous pour aller à cotte fête champêtre ? Il y aura quelques femmes de la ville. Mettrez-vous vos diamahts?
CKLI.NDE.
Les fleurs des champs formeront ma parure. Je ne veux pas de ces ornements fastueux, qui me rappelleraient ce que je dois oublier. J’ai renvoyé les écrins à ceux qui me les avaient donnés.
S.UNT-ALBIN
Sublime désintéressement ! — ( v part) C’est dommage, j’aime les folles bluettes que les belles pierres lancent aux feux des bougies. — (Haut) Et vos dentelles ?
CÉLINDE.
Je les ai vendues, et j’en ai donné l’argent aux pauvres. Elles se seraient déchirées aux ronces des buissons, aux piquants des églantiers.
SAINT-AI.BIN
Dos dentelles font bien au bas d’une robe.
CÉI.IADE.
Irai-je traîner des falbalas dans la rosée des prairies? Un fourreau de toile anglaise rayée de rose, un chapeau de paille sur l’oreille, voilà ma toilette.
SAINT-ALBIN
Il faudra vous farder un peu; je vous trouve pâle.
CÉLINDE.
L’onde cristalline des sources suffira pour raviver les couleurs de mes joues.
SAINT-ALBIN
Je suis d’avis pourtant qu’une touche de rouge sous l’œil allume le regard, et qu’une assassine, posée au coin de la lèvre, donne du piquant à la physionomie. .. Prendrez-vous votre sachet de peau d’Espagne ! G,'s bons villageois ont quelquefois l’odeur forte.
CÉLINDE.
La violette des bois, attiédie sur mon cœur, sera notre seul parfum.
SAINT-ALBIN
J’apprécie la violette ; mais le musc et l’eau de Portiigaf ont bien leur charme.
CÉLINDE.
Un charme perfide, qui enivre et qui trouble... La nature repousse tous ces vains raffinements.
LA FAUSSE CONVERSION
SAINT-AI.BIN
Vous ferez comme vous voudrez, vous serez toujours jolie.
Il prend son chapenu.
CÉU>DK.
Vous sortez encore ?
SAINT-ALBIS
Je n’ai pas mis les pieds dehors depuis un siècle.
Vous êtes resté absent hier toute la journée.
SAINT-ALBIN
Est-ce hier que je suis allé à Paris..., pour ces affaires que vous savez ?... 11 me semblait qu’il y avait plus longtemps.
CÉLINDE.
Ce n’est pas galant, ce que vous dites là. ’
SAINT-ALBIN
Vous avez vraiment un mauvais caractère. J’ai parlé sans intention... Adieu, je vais faire un tour de pro- •menade et méditer au fond des bois sur la vraie manière de rendre les hommes heureux.
TIIEATUK