‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 52 sur 210 · I.E DUC · texte numérisé non relu

I.E DUC

Ma chère Célinde, je vous aime plus que vous ne sauriez le croire d’après mon ton léger et mes manières livoles. Je ne vous ai jamais dit de phrases alambi- (uées: — pourtant j’ai fait pour vous des sacrilices (levant lesquels reculeraient bien des amants ampoulés et romanesques. Sans parler de deux ou trois cou}(s d’épée (jue j’ai donnés et que j’aurais pu recevoir, — pour que vous pussiez écraser toutes vos rivales, pour que votre vanité féminine ne souffrît jamais, j’ai eii' gagé le château de mes pères, le manoir féodal peuplé de leurs portraits, dont les yeux fixes semblent m’accabler de reproches silencieux. Les juifs ont entre leurs sales griffes les nobles parchemins, les chartes constellées de sceaux armoriés et d’empreintes royales ; mais Célinde a pu faire ferrer d’argent ses fringants coursiers, mais sa beauté, fleur divine, a pu s’épanouir splendidement au milieu des merveilles du luxe et des arts, ce joyau sans prix a vu son éclat doublé par la richesse de la monture. Et moi, l'air dédaigneux et le comr ravi, tout en ne parlant que de chiens et de chevaux anglais, j’ai joui de ce bonheur si doux pour un galant honinic d’avoir réparé une injustice du son en taisant une reine... d’opéra de celle (|ui eût dù iiaitre '‘ur un tiùne.

FLOBINE.

Conimc moiisieuF le duc s’exprime avee liicilité, bien qu’il n’emprunte rien au jargon des livres :i la mode! — Je n’aime pas les amoureux qui donneraient leur vie pour leur maîtresse, et qui lui refusent cimjuante louis ou la quittent pour (juelque j)lat mariage.

CÉLINDE.

Cher duc, ah! si j’avais pu savoir!... Hélas! il est li’(q> lard... Saint-Alhin m’adore... je dois linir nies jours dans celte retraite... loin du hruil, loin du monde, loin des succès.

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