‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 54 sur 210 · I-A FAI'SSE CONVERSION · texte numérisé non relu

I-A FAI'SSE CONVERSION

Pourquoi parler de cela, puisque mon sort est à jamais fixé?

LE DUC

Ce sont là des mots bien solennels.

SDZON, une lettre i la main.

Madame, voilà une lettre qu’un petit fçarçon m’a donnée pour vous.

CÉMXDE.

C’est l’écriture de Saint-Albin... Qu’est-ce que cela signifie? Il vient de sortir à l’instant ; que peut-il avoir à me dire? Je tremble,., rompons le cachet. — Duc, vous permettez?

LE DUC

Comment donc!

CÉLINDE lit.

« Ma chère Célinde,

« Ce que j’avais à vous dire était tellement embar- * rassant, que j’ai pris le parti de vous en informer « par une lettre. Vous allez m’appeler perfide, je ne « fus qu’imprudent; la destinée qui s’acharne sur moi « ne veut pas que je sois heureux selon le vœu do mon « cœur. — Homme simple et vertueux, j’étais fait pour '1 le bonheur des champs, et voici qu’un événement.

« que j’aurais dû prévoir, me rappelle à la ville. —

« Vous savez, Célindc, que, paiiagcant les idées de « Jean- Jacques, je formais à la vertu une jeune ùme « dans le sein d’une famille riche. Mon élève avait une « sœur qui venait souvent écouter mes leçons; comme « Saint-Preux, mon modèle, mon héros, j’avais besoin « d’une Julie pour admirer la lune sur le lac et me « promener dans les bosejucts de Glareus... Que vous « dirai-je? j’imitai si fidèlement mon type d'adoption, t( que bientôt ma Julie ne put cacher ipie, mépris.^nt « de vils préjugés, elle avait, cédé aux doux entrai ne- '( meiits de la nature, et se trouvait dans la position « de donner un citoyen de plus à la patrie. Les parents, « s’étant aperçus de l’état de leur fille, me sommèrent n de réparer l’outrage fait à son honneur, en sorte « que je me suis vu forcé de promettre d’épouser une « héritière qui n’a pas moins de cent mille écus de « dot... Cela ii’est-il pas tout à fait contrariant poulie moi, qui fais profession de mépriser les richesses « et qui ne demande qu’un lait pur sous un toit de (( chaume? 0 Célinde! ne m’en voulez pas. Le destin « impérieux m’entraîne, tâchez de m’oublier : vous « êtes heureuse, vous, rien ne vous empêche de cou- « 1er dans la retraite, au sein des plaisirs simples, des fl jours exempts d’orages.

« Adieu pour jamais,

« Le malheureux S.uxt-Auun. »

LA FAUSSE CONVEUSION.

CKUSDE.

Le scélérat! comme il m’a trompée! Oh! j’étouffe de douleur et de rage !

LE nue.

Qu’est-ce donc?

CÉLINDE.

Lisez.

LE DUC

Cela n’a rien qui m’étonne. Les gens romanesques l'ont toujours des folies avec les riches héritières.

FLORINE

C’était un gueux, un libertin, un hypocrite; je ne l’ai jamais dit à madame, mais il m’embrassait toujours dans le corridor sombre, et si j’avais voulu... Heureusement j’ai des principes.

CÉLINDE.

Et j’ai pu le préférer à vous !

LE DUC

Tant pis pour lui s’il ne ressemblait pas à votre rêve.

FLORINE

Maintenant nous n’avons plus de raison de rester dans les terres labourées ; si nous retournions un peu 'oir en quel état est le pavé de Paris?...

CÉLINDE.

Adieu, marguerites à la couronne d’argent, arômes du foin vert, fumées lointaines montant du sein des

feuillages, ramiers qui roucoulez sur la pente des toits couverts de fleurs sauvages ; mon cœur a connu des plaisirs trop irritants pour pouvoir goûter votre charme doux et mouotone.

LE DUC

Votre églogue est donc terminée?

CÉLINDE.

Oui. — Donnez-moi la main et conduisez-moi.

LE DUC

J’ai précisément ma voiture au coin de la route.

FLORINE

Vivat! Pour une soubrette, il vaut mieux porter des billets doux que traire des vaches.

Ih sortent.

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