‹ Théatre (volume 3)Chapitre 114 sur 191 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

(i — Tu danseras donc toujours? dit-elle à Giselle, le soir... le matin... c'est une véritable passion... et cela, au lieu de travailler, de soigner le ménage.

« — Elle danse si bien, dit Loys à Berthe.

« — C'est mon seut plaisir, répond Giselle, comme lui, ajoute-t-elle en montrant Loys, c'est mon seul bonheur ! ! !

« — Bah! dit Berthe. Je suis sûre que si cette petite folle mourait, elle deviendrait Wili et danserait même après sa mort, comme toutes les filles qui ont trop aimé le bal !

« — Que voulez-vous dire? s'écrient les jeunes vendangeuses avec'effroi, en se serrant les unes contre les autres. »

Berthe, alors, sur une musique lugubre, semble dépeindre une apparition des morts revenant au monde et dansant ensemble. La terreur des villageoises est à son comble. Giselle seule en rit, et répond gaiement à sa mère qu'elle est incorrigible, et que, morte ou vivante, elle dansera toujours.

« — Et pourtant, ajoute Berthe, cela ne te vaut

540 TIIEATR£.

rien... il s'agit de ta santé, de ta vie peut-être!. .

a — Elle est bien délicate, dit-elle à Loys, la fatigue, les émotions lui seront funestes; le médecin Ta dit, cela peut te porter malheur. »

Loys, troublé par cette confidence, rassure la bonne mère, et Giselle, prenant la main de Loys, la presse sur son cœur, et semble dire qu'avec lui, elle n'a jamais de dangers à craindre.

Des fanfares de chasse se font entendre au loin. Loys, inquiet à ce bruit, donne vivement le signal du départ pour les vendanges, et entraîne les paysannes, tandis que Giselle, forcée de rentrer dans la chaumière avec sa mère, envoie un baiser d'adieu à Loys, qui s*éloigne suivi de tout le monde.

Page 1