‹ Théatre (volume 3)Chapitre 136 sur 191 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Achmet paraît, appuyé languissamment sur Tépaule d'un esclave ; il a l'air perdu dans sa rêverie, et ne se mêle qu'à contre-cœur aux groupes et aux danses des odalisques. — Roucem, qui a voulu ménager à son maître une surprise agréable, fait sortir les nouvelles esclaves d'une tente formée par les odalisques, tenant des cachemires déployés. — L'Espagnole exécute un boléro, l'Allemande une valse, l'Écossaise une gigue, la Française un menuet. — Achmet, qui a paru d'abord prendre quelque plaisir à ces danses, retombe dans sa mélancolie é Achmet est un peu poète : les voluptés terrestres ne lui suffisent plus ; il rêvé des amours célestes, des unions avec les esprits élémentaires; la

réalité n'a plus d'attraits pour lui, et il demandé à l'opium des extases et des hallucinations. — D'un geste, il congédie les femmes, même sa favorite Nourmahal, et ordonne qu'on lui apporte sa pipe. Roucem frappe des mains; de petits nègres, bizarrement vêtus, entrent, apportant Tun la pipe à champignon de porcelaine, à bouquin d'ambre jaune ; l'autre, la boîte de filigrane d'argent, qui contient la pâte opiacée; un troisième tient un flambeau de cire; un quatrième Taiguille d'argent, qui sert à déposer la pâte enflammée sur le champignon; un cinquième s'agenouille pour supporter sur le coin de son épaule le poids de la pipe qui fatiguerait le maître. — Achmet aspire plusieurs gorgées de la fumée enivrante et ne tarde pas à tomber endormi sur la peau de lion qui recouvre le divan.

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