‹ Théatre (volume 3)Chapitre 157 sur 191 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

TROrSIEME TABLEAU

Une salle délabrée dans un vieux chàlcau, retraite et laboratoire

de Santa-Croce.

Gemma, plongée dans le sommeil somnambulique, est revêtue d'un costume de mariée. On lui pose sur la tête \me couronne blanche, et dominée par la volonté de Sarita-Croce, qui la présente à ses amis, elle a signé un contrat de mariage; endormie, elle aime Santa-Croce, séduite pai* une. fascination diabolique qui cesse lorsqu'elle se réveille. La porte s'ouvre avec fracas, et Massimo se précipite ver^ la jeune comtesse, qu'il trouve prète à se rendre à la chapelle. Ces blancs voiles de mariée le surprennent et l'épouvantent; il croit à une violence, mais Santa-Croce sourit dédai-

gneusement et le laisse interroger Gemma, qui répond que tout son amour est pour le marquis, et se réfugie contre son cœur comme pour se soustraire aux emportements de Massimo. — Si vous doutez encore, lisez ce contrat, voyez cette signature, dit Santa-Croce, et cessez de poursuivre de votre amour une femme qui le< repousse et appartient à un autre. Massimo voit le nom de Gemma apposé au bas de l'acte, et ne peut plus douter de l'assertion du marquis, trop bien confirmée, hélas ! par l'attitude impassible et froide de la jeune femme, qui n'a pas même l'air de se souvenir de lui. Ainsi ces yeux si doux mentaient, et les promesses de bonheur qu'il avait cru y lire étaient fausses! — Tout cela n'étajt qu'une dissimulation pour cacher l'amour qu'avait su inspirer ce Santa-Croce, à qui Ton témoignait publiquement tant d'aversion ; ce coup est trop fort pour le cœur et la tète de l'artiste. Sa raison se perd, et il s'élance hors de la salle avec tous les signes de l'égarement.

Le marquis, resté seul avec sa fiancée somnambuliquc, l'éveille, voulant juger de la mesure de son pouvoir. En se trouvant dans cette chambre inconnue en face de Santa-Croce, Gemma éprouve la plus vive terreur et ne peut concevoir comment elle a été transportée de la salle du bal de son château à ce repaire sinistre. Tout ce qu'elle comprend, c'est qu'elle est

au pouvoir de Santa-Croce, et elle tremble comme la colombe devant le milan ; un désespoir mêlé d'épouvante la saisit lorsque son ravisseur lui montre le contrat de mariage signé Gemma. C'est donc le démon qui a conduit sa main, car elle ne se rappelle pas les actions qu'elle a faites sous l'influence magnétique, et reste frappée de stupeur à cette preuve accablante de l'amour que Santa-Croce prétend qu*elle a pour lui. — Ije magnétiseur, sachant qu'il ne pourra pas garder toujours sa femme plongée dans le sommeil extatique, essaye de la passion humaine et des moyens de séduction ordinaires; il se jette aux pieds de Gemma, lui couvre les mains de baisers et veut l'enlacer dans ses bras : la jeune fille se dérobe à ses étreintes, cherche à se sauver, mais les portes sont fermées soigneusement. Nulle chance de salut. — La lutte recommence, et Gemma arrache de la ceinture de Santa-Croce un poignard dont elle le menace, et que lui arrache Barbara la suivante gagnée par Santa-Croce. Une seule ressource reste à Gemma. Une fenêtre est ouverte, elle y court, et, saisissant la branche d'un arbre voisin, elle se précipite. Au bas de la muraille rôdait Giacomo, le fidèle majordome qui n'avait pu pénétrer dans le château.— 11 recueille sa jeune maîtresse, et l'emporte au galop sur la croupe de son cheval.

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