‹ Théatre (volume 3)Chapitre 42 sur 191 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FLORINE, CÉLINDE

FLORINE

0 la méchante bête que cette vilaine vache rousse ! elle a enlevé mon bonnet d'un coup de corne, et d*un coup de pied renverse le seau de lait dans l'étable ! Nous n'aurons pas de crème pour le fromage, et il faudrait faire deux lieues pour s*en procurer d'autre. Vive Paris, pour avoir ce qu'on veut !

CÉLINDE, rêveuse.

11 doit y avoir opéra aujourd'hui.

FLORINS

Oui, et la Rosimène danse le pas de madame dans les Indes aalantes. .

CÉLINDE.

La Rf simène... danser mon pas ! — Une créature pareille... tout au plus bonne à figurer dans l'espalier.

Elle a tant intrigué, qu'elle a passé premier sujet.

GÉLINDE.

Qui t*a dit cela? C'est impossible.

FLORINE

Vous savez, ce jeune peintre décorateur qui me trouvait gentille, je l'ai rencontré Tau tre jour dans le bois ; il m'a proposé de faire une étude d'arbre d'après moi, et, pendant que je posais, il m'a raconté toutes les histoires des coulisses.

CÉLINDE.

Mais elle n'est pas seulement en dehors ; elle a volé deux balustres à quelque balcon pour s'en faire des jambes.

FLORINE

M. de Vaudoré fait des folies pour elle ; il lui a donné un hôtel dans le faubourg, une argenterie magnifique de Germain, et, l'autre jour, elle s'est montrée au Cours-la-Reine en voiture à quatre chevaux soupe-delait, avec un cocher énorme, et trois laquais gigantesques par derrière. Un train de princesse du sang !

GELINDE.

(Test une horreur ! un morceau de chair taillé à coups de sei*pe !

FLORINE

Quand je pense que madame, qui est si bien faite, s'est ensevelie toute vive dans un affreux désert par

amour pour un petit jeune homme, assez joli, il est vrai, mais sans la moindre consistance...

CÉLINDE, effrayée.

Florine, Florine, regarde !

FLORINE

Qu'ya-t-il?

CÉLINDE.

Un crapaud qui est entré par la porte ouverte, et qui s'avance en sautelant sur le parquet.

FLORINE

L'affreuse bête ! avec ses gros yeux saillants, il ressemble à faire peur à M. de Vaudoré.

CÉLINDE.

Je vais mëvanouir ; Florine, ne m'abandonne pas dans ce péril extrême.

FLORINE

Où sont les pincettes, que je l'attrape par une patte, et que je le jette délicatement par-dessus le mur ?

CÉLINDE.

Prends garde qu'il ne te lance son venin à la figure.

FLORINE

Né craignez rien, je suis brave. Nous voilà débarrassées de ce visiteur importun.

CÉLINDE.

Je respire. Dans les descriptions d'ermitages et de

chaumières, les auteurs ne parlent pas de crapauds qui veulent se glisser dans votre intimité.

FLORINS

Je Tai toujours dit à madame, que les auteurs étaient des imbéciles. La campagne est faite pour les paysans et non pour les personnes bien élevées.

CÉLINDE.

Grand Dieu ! une guêpe qui se cogne en bourdonnant contre les vitres ! Si elle allait me piquer !

FLORINE

Avec deux ou trois coups de mouchoir, je vais tâcher de la faire tomber à terre ; nous l'écraserons ensuite.

Elle tue 11 guêpe.

CÉLINDE.

Quel aiguillon et quelles pinces ! C'est affreux d être ainsi poursuivie par les animaux malfaisants; hier, j'ai trouvé une araignée énorme dans mes draps.

FLORINE

Il faut bien que les champs soient peuplés par les bêtes, puisque les hommes comme il faut sont à la ville.

CÉLINDE.

Il me semble que la peau me cuit;. j*ai peur d'avoir attrapé un coup de soleil, j'ai arrosé les fleurs dans le jardin sans fichu.

lOG THÉÂTRE.

La peau de madame est toujours d'une blancheur éblouissante.

CËLINDE.

Tu trouves?

FLORINE

Ce n'est pas comme cette Rosimène, avec son teint biset sa nuque jaune ! Je voudrais avoir l'argent qu'elle dépense en blanc de perles et en cénise.

CÉLINDE.

J'entends les sabots de Suzon qui accourt en' toute hâte. Il fout qu'il y ait quelque chose d'extraordinaire.

Entre Suzon.

Page 1