‹ Théatre (volume 3)Chapitre 49 sur 191 · GEORGES, PAUL · texte numérisé non relu

GEORGES, PAUL

PAUL

Personne ! — Un vrai palais des contes de Perrault,

Et je vais d'un baiser éveiller en sursaut,

Dans la tour où Tenchaîne un sommeil léthargique, La belle au bois dormant de ce logis magique. Diable! quelqu'un!

Un homme ! à cette heure, en ce lieu ! Que faites-vous ici, monsieur? Parlez, mordieu!

PAUL

Oui, mais n'étranglez pas l'orateur dès Texorde, Tiens! Georges!

GEORGES

. Paul ! avec une échelle de corde.

En paletot, couleur de muraille. — Chex qui. Par cette ascension de madame Saqui, Croyais-tu pénétrer? — Toujours trop prompt à naître, Gageons que ton amour s'est trompé de fenêtre.

PAUL

Tu sauras tout. — Ta main.

GEORGES

Mes bras te sont ouverts.

PAUL

Cher ami !

GEORGES

D'où viens-lu?

PAUL

Je viens... de l'univers.

Comme Ulysse, j'ai vu les villes et les hommes, J'ai perdu des cheveux et j'ai gagné des sommes.

Depuis six ans ton front s'est un peu déplumé.

PAUL

Pour avoir trop souffert, pour avoir trop aimé ! Les neveux ont toujours un oncle qui les mate ; Le mien m'a revêtu d'un frac de diplomate ; J'étais né pour porter l'habit bleu de Werther.

GEORGES

Ce costume, en effet, t'eût donné fort grand air. Avec la botte à cœur et surtout la culotte ; J'aurais voulu te voir auprès d'une Lolotte Te disant : « 0 Klopstock! »

PAUL

Tu ris, mauvais sujet.

Mais l'unique bonheur auquel mon cœur songeait Etait un pur amour, à la mode allemande. Pour une vierge blonde, aux doux yeux en amande. Parlant de clair de lune et de vergiss-mein-nicht. Mon rêve, je le vis, un soir, chez Metternich, Qui walsait, à deux temps, avec un feld-zeugmestre, Berçant sa nonchalance au rhythme de l'orchestre. Au second tour, ses yeux dans les miens avaient lu

Et notre mariage allait être conclu,

Quand mon gouvernement, dans sa faveur maussade,

Pour me faire avancer, me changea d'ambassade :

Il fallut quitter Vienne et me rendre à Madrid.

J'aurais été constant, mais Taniour s'amoindrit

Quand l'objet adoré demeure à huit cents lieues ;

A la fin j'oubliai les petites fleurs bleues

Et la walse et Schubert, — héros de Florian,

Némorin obligé de vivre en don Juan.

Je faussai ma parole; hélas! ces Madrilènes

Savent si bien poser, au bord de leurs grands peignes,

La mantHle de blonde ! Elles ont de tels yeux

Que le noir de l'enfer y vaut l'azur des cieux!

Casilda n'était pas jaune comme une orange.

Mais elle était charmante et d'une grâce étrange.

J'envoyai des bouquets et j'offris des bonbons ;

Je fis en espagnol des vers qu'on trouva bons.

Un beau soir, je risquai mon aveu. — D'un air tendre,

Sans me répondre rien, elle daigna me tendre

L'œillet rouge piqué dans ses cheveux de jais,

Et je formais déjà mille riants projets.

Quand la fortune infâme, et qui de moi se joue,

Fit sur mon pauvre cœur encor passer sa roue.

Une seconde fois, ce bonheur désastreux.

Qui me poursuit partout, m'empêcha d'être heureux !

J'avais fait un rapport, plein de phrases banales,

Sur quelques questions internationales; Le ministre charmé me nomma, le bourreau, Plénipotentiaire à Rio- Janeiro. Je refusai, disant ma poitrine affectée, Mais ma démission ne fut pas acceptée; Mon oncle prétendit que cela n'était rien, Et ne me cacha pas qu'il laisserait son bien A des sociétés pour le rachat des nègres. Ou pour l'engraissement des danseuses trop maigres, Si je ne m'empressais, par le premier steamer, * D'aller représenter mon monarque outre-mer. Ce sont là des chagrins qui font chauve avant l'âge.

GEORGES

Officiellement forcé d'être volage.

Pauvre Paul, je te plains; mais je voudrais savoir

Ce qui m'a procuré le plaisir de te voir.

Avec effraction, bris de vitre, escalade.

Menus détails qui font en panier à salade,

De Mazas au palais se promener les gens

Quand ils ont par hasard été vus des sergens.

PAUL

Je t'expliquerai tout. — Martyr diplomatique,. Pour ce poste malsain et trop transatlantique, Je partis et mes pleurs tombaient au gouffre amer, Du bord où me penchait un affreux mal de mer. Casilda! vainement j'évoquai ta pensée;

Mon amour se noya pendant la traversée.

A ses serments encor mon faible cœur manqua.

Et bientôt je devins épris d'une Ourika.

— La Vénus de Milo copiée en ébèiie, —

Un astre aux rayons noirs !

GEORGES

Je remarque avec peine, Paul, que ton idéal, blond primitivement. En courant les chemins s'est hâlé diablement, A TAllemande rose, à l'Espagnole brune.

Succède une Africaine au teint couleur de prune !

PAUL

C'est le gouvernement qu'il en faut accuser.

Ce nœud un coup du sort vint encor le briser.

Une lettre me vint, de cent timbres salie.

Qui m'annonçait la mort d'un oncle. . . d'Australie,

Une variété d'oncle à succession.

Imaginée exprès pour ma damnation.

Je reconnus bien là mon guignon ordinaire ;

Mais le défunt était six fois millionnaire.

J'interrompis tout net mon roman africain.

Et par le Washington, clipper américain.

Libre à jamais du joug de la diplomatie,

A Melbourne j'allai chez Brown et Mackensie,

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