‹ Théatre (volume 3)Chapitre 80 sur 191 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LES MÊMES, INEZ, au balcon.

MaKLNETTE.

Monsieur, de ce côté veuille'^ tourner les yeux : C'est Inez qui paraît.

VâLÈRE.

Je vois s'ouvrir les cieux !

FRONTIN

Les cieux! — Une fenêtre à carreaux vert bouteille !

VALERE

L'Aurore resplendit, souriante et vermeille. . .

FRONTIN

L'aurore se met donc au balcon, ce matin?

VALÈRE

Faisant pâlir la rose à l'éclat de son teint !

FRONTIN

Pardon, monsieur. — Ce style est trop métaphorique, Et vous perdez le temps en fleurs de rhétorique : L'occasion est femme, et ne nous attend pas... Marinette, aux aguets cours te mottre là-bas. — Au pied du mur, je vais faire la courte échelle,

Afm de vous hausser jusques à votre belle.

VALÈRE

Comment payer...?

FRONTIN

Plus tard, quand vous serez en fonds!

VALÈRE

Frontin, ô mon sauveur!

Allons, vite, grimpons!

Une! deux!

VALÈRE, sur le dos de Frontin.

M'y voilà!

FRONTIN

Tenez-vous au balustre.

VALÈRE, a Incz.

Pour s'élever à vous, il faudrait être illustre, Inez, être le fils des rois ou des héros.

FRONTIN

Il suffit d'un Frontin qui vous prête son dos...

VALÈRE

Je sens tout mon néant et toute ma misère ! Je n'ai rien, je le sais, qui soit fait pour vous plaira. Mais vos yeux, à la fois charmants et meurtriers, Ont des traits à percer les plus durs boucliers. Ne vous offensez pas des soupirs qui s'échappent Du sein des malheureux que, par mégai^de, ils frappent;

Ne VOUS offensez pas d'un téméraire espoir, Et ce cœur tout à vous daignez le recevoir !

INEZ

Le pai'don est aisé quand Toffense est si douce !

VALÈRE

' Croyez que mon amour... Diantre! quelle secousse! /' J'ai failli choir!

FRONTlNo

Monsieur, vous pesez comme un plomb.

Achevez, et, pour Dieu, ne soyez pas si long !

INEZ

Valère, je vous crois ; Valère, je vous aime,

Je vous l'avoue ici beaucoup trop vite même ;

Mais la gêne où je vis excuse cet aveu.

Qu'une autre moins gardée eût fait attendre un peu.

Ces vieux barbons jaloux, avec toutes leurs grilles,

A ces extrémités forcent d'honnêtes filles !

VALÈRE

Votre franchise, Inez, augmente mon respect.

MARIN ETTEé

Garde à vous! un objet monstrueux et suspect S'avance à l'horizon.

f ROKTIN .

Vite, qu'Inez se penche; Dressez-Tous et baisez le bout de sa main blanche*

UARINETTE.

C'est Géronte !

FRONTIN

Abrégeons.

INEZ

Adien, Valère, adieu!

FRONTIN

Nous autres, maintenant, changeons d*air et de lieu!

Us sortent.

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