SCÈNE VII
LES MÊMES, INEZ, au balcon.
MaKLNETTE.
Monsieur, de ce côté veuille'^ tourner les yeux : C'est Inez qui paraît.
VâLÈRE.
Je vois s'ouvrir les cieux !
FRONTIN
Les cieux! — Une fenêtre à carreaux vert bouteille !
VALERE
L'Aurore resplendit, souriante et vermeille. . .
FRONTIN
L'aurore se met donc au balcon, ce matin?
VALÈRE
Faisant pâlir la rose à l'éclat de son teint !
FRONTIN
Pardon, monsieur. — Ce style est trop métaphorique, Et vous perdez le temps en fleurs de rhétorique : L'occasion est femme, et ne nous attend pas... Marinette, aux aguets cours te mottre là-bas. — Au pied du mur, je vais faire la courte échelle,
Afm de vous hausser jusques à votre belle.
VALÈRE
Comment payer...?
FRONTIN
Plus tard, quand vous serez en fonds!
VALÈRE
Frontin, ô mon sauveur!
Allons, vite, grimpons!
Une! deux!
VALÈRE, sur le dos de Frontin.
M'y voilà!
FRONTIN
Tenez-vous au balustre.
VALÈRE, a Incz.
Pour s'élever à vous, il faudrait être illustre, Inez, être le fils des rois ou des héros.
FRONTIN
Il suffit d'un Frontin qui vous prête son dos...
VALÈRE
Je sens tout mon néant et toute ma misère ! Je n'ai rien, je le sais, qui soit fait pour vous plaira. Mais vos yeux, à la fois charmants et meurtriers, Ont des traits à percer les plus durs boucliers. Ne vous offensez pas des soupirs qui s'échappent Du sein des malheureux que, par mégai^de, ils frappent;
Ne VOUS offensez pas d'un téméraire espoir, Et ce cœur tout à vous daignez le recevoir !
INEZ
Le pai'don est aisé quand Toffense est si douce !
VALÈRE
' Croyez que mon amour... Diantre! quelle secousse! /' J'ai failli choir!
FRONTlNo
Monsieur, vous pesez comme un plomb.
Achevez, et, pour Dieu, ne soyez pas si long !
INEZ
Valère, je vous crois ; Valère, je vous aime,
Je vous l'avoue ici beaucoup trop vite même ;
Mais la gêne où je vis excuse cet aveu.
Qu'une autre moins gardée eût fait attendre un peu.
Ces vieux barbons jaloux, avec toutes leurs grilles,
A ces extrémités forcent d'honnêtes filles !
VALÈRE
Votre franchise, Inez, augmente mon respect.
MARIN ETTEé
Garde à vous! un objet monstrueux et suspect S'avance à l'horizon.
f ROKTIN .
Vite, qu'Inez se penche; Dressez-Tous et baisez le bout de sa main blanche*
UARINETTE.
C'est Géronte !
FRONTIN
Abrégeons.
INEZ
Adien, Valère, adieu!
FRONTIN
Nous autres, maintenant, changeons d*air et de lieu!
Us sortent.