‹ Théatre (volume 3)Chapitre 84 sur 191 · LES MÊMES» MARINETTE · texte numérisé non relu

LES MÊMES» MARINETTE

FRONTIN

Qu'as-tu donc, mon enfant ?

MARIMETTE, feignant de ne pas Toir Géronte.

Je n'ai rien.

FRONTIN

Si; ta mine»

Qu'un sourire joyeux d'ordinaire illumine.

Est lugubre» aujourd'hui, comme un enterrement;

On dirait que tu viens ie perdre ton amant»

UARINETTK, même jeu.

Pour le perdre, il faudrait l'avoir eu... Je suis sage. Et n'admets que soupirs tendant au mariage, Frontin î

GÉRONTE, à pari.

OÙ diable va se nicher la vertu ?

FRONTIN

Mais alors, d'où te vient cet air morne, abattu ?

MARINETTE, même jeu.

D'une tout autre cause. A me flatter trop prompte, J'avais l'espoir de plaire au bon monsieur Géronte, Et d'entrer, pour tout faire, en service chez lui... Tu sais le résultat, et j'en ai de l'ennui.

GÉRONTE, môme jeu.

Je suis vraiment fâché de ne l'avoir pas prise.

MARINETTE, même jeu.

Maintenant, il est seul. Qui le coiffe et le frise? Qui lui met sa cravate et lui cherche ses gants? Moi, j'aurais eu pour lui tous ces soins fatigants, Et je l'aurais choyé comme une fille un père î

GÉRONTE, même jeu.

Ce que je n'ai pas fait, je puis encorle faire.

MARINETTK.

C'est un homme si doux, si poli, si charmant!

FRONTIN

,1e ne partage pas du tout ton sentiment. Un vieux...

GÉRONTE, bas à Frontin.

Comment?

FRONTIN

Laid, sot...

GÉROME, même jeu.

Gredin !

FRONTIN

Acariâtre...

GÉROKTE, de même.

Bandit !

Crasseux!...

GÉRONTE, de même.

Je vais te battre comme un plâtre,

tSi...

FRONTIN, bas à Géronte.

C'est pour l'éprouver, ^monsieur ; tenez-vous coi ! Tu le trouves donc bien ?

HÂRLNETTE.

Il a je ne sais quoi

De franc, d*épanoui, qui me plaît et m'enchante. Ah ! que de le servir j'aurais été contente !

GÉRONTE, à part.

Quel bon cœur ! Je me sens le coin de l'œil mouillé, Et par l'émotion j'ai le nez chatouillé.

Il éternue.

MAklNETTÉ.

J'entends éternuer, et je ne vois personne!

GÉRONTE

C'est moi qui...

MARINETTE

Mais quelle est cette voix qui résonne ? Un fantôme, un esprit! ...

Eh ! non ; c'est moi.

MARINETTE

Qui donc?

GERONTE.

Gérontc.

MARINETTE

Et votre corps, oîi donc est-il?

FRONTIN, décoiffant Géronte.

Pardon !

Monsieur, vous oubliez que pour être visible Il faut vous décoiffer.

MÂRINETTE.

Ah ! quelle peur horrible.

Monsieur, vous m*avez faite 1

GÉROIÏTE.

* Allons, rassure-toi ;

Je vais en quatre mots dissiper ton effroi : Ce chapeau, qu'il suffit. d*ôter et de remettre, Me fait à volonté paraître et disparaître l

MARINETTE, à part.

Feignons d'être timide et jouons l'embarras.

La place que tu veux, mon enfant, tu l'auras.

MARINETTE

Vous étiez là, monsieur? Vous m'avez entendue?... Le trouble... la pudeur... Ah ! je suis confondue !

GÉRONTE

Ton dévouement pour moi s'est fait connaître ainsi.

FRONTIN

Pendant que nous voilà, si nous tentions aussi.

Avec ce talisman, une autre expérience.

Pour savoir ce qu'Inez sur votre compte pense ?

GÉRONTE

Pourquoi faire, Frontin? Je ne suis pas aimé!

FRONTIN

Si, vous Têtes. Le cœur est un livre fermé ;

Il faut qu'il soit ouvert pour qu'on y puisse lire.

LE TftICORNE ENCHANTÉ. 261

MARIMETTE.

Vpulez-vous qu'une femme aille d'abord vous dire Les feux dont en secret elle brûle pour vous ?

GÉROflTE.

Mais elle m'a vingt fois refusé pour époux !

Et vous vous arrêtez à de telles vétilles ? Le véritable sens du non des jeunes filles, C'est oui!

UARINETTE.

Monsieur, je suis de l'avis de Frontin : Mademoiselle Inez vous aime, c'est certain.

GÉRONTE

Prends ma clef, Marinette; ouvre, entre et fais en sorte Sous un prétexte en Taîr, que ma pupille sorte.

Marinelte entre dans la maison.

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