SCÈNE XV
GÉRONTE, puis CHAMPAGNE.
GERONTE.
Frontiii avait raison : c'est moi qu'elle préfère; L'oncle bat le neveu ! Géronte bat Valère ! Ils me donnent leurs biens! Grâce à ce vieux chapeau, Le monde m'apparaît sous un jour tout nouveau !
CHAMPAGNE, ivre et chantant.
Quand sous la treille.
Une bouteille, Blonde ou vermeille, M'a fait asseoir.
LE TRICORNE EltCHANTÉ. 271
Ma foi, j'ignore Si c'est l'aurore Qui la colore Ou bien le soir.
GERONTE, mettant son^ chapeau.
Il est comme une grive au temps de la vendange. Très-soûl.
CHAMPAnNE.
Bonjour, monsieur.
Hein ! Bonjour ! C'est étrange !
Faquin^ tu me vois donc?
• CHAMPAGNE
Pardieu, si je vous vois !
GÉRONTE
Pourtant, je suis couvert.
CHAMPAGNE
Je vous verrai deux fois Plutôt qu'une, ayant bu; tout homme ivre voit double, C'est un fait avéré.
GÉRONTE
Ce qu'il a dit me trouble.
CHAMPAGNE
Dieu n'a fait qu'im soleil, et le vin en fait deux... Heuh!
tî72 THÉÂTRE»
GÉRONTE
Je ne me suis pas assez méfié d'eux ! Tu ne peux pas me voir, car je suis invisible. En vertu d'un chapeau magique.
CHAMPAGNE
C'est possible»
Mais voici votre dos...
11 lui donne un coup.
Ai-je bien attrapé?
Très-bien*
CHAMPAGNE
Votre gros ventre...
GÉRONTE
Oh!
CHAMPAGNE
Me suis-je trompé?
GÉRONTE
Non pas.
CHAMPAGNE
Ce coup de pied, ce n'est pas votre tête Qui le reçoit ?
GÉRONTE
Oh! non! Grands dieux! ai-je été bête Je suis dupé, volé, joué comme un enfant!
CHAMPAGNE, à pari.
Qu'a-t-il donc â pousser des soupirs d'éléphant?
GÉRONTE
On m'a pris cent écus! on m'a pris ma pupille! A Tassasin! au feu!