POUR LE FALSTAFF DE MM. P. MEORICE ET A. VACQUERIE
Beau sexe, sexe laid, jeunesse, et vous vieillesse, Ne sifflez pas encor, je ne suis pas la pièce ;* Gardez, pour en cribler les endroits incongrus, Votre provision d'œufs durs et de fruits crus : Sous cet accoutrement de satin blanc et rose. Tel quç vous me voyez, je suis Louis Monrose, Pour le présent prologue ; une position A ne pas exciter la moindre ambition ! Tout à l'heure, changeant de costume et de rôle, Je représenterai John Falstaff, un fier drôle ! Mes compagnons sont là, derrière le rideau. Un tas de chenapans qui n'ont jamais bu d'eau. Tout prêts, tout habillés, fardés jusqu'aux oreilles, Hais pâlissant de peur, sous leurs teintes vermeilles; Car chacun sait que l'autre est un affreux gredin
Que l'on a négligé de pendre par dédain :
Tous les vices en fleur bourgeonnent sur leurs trognes;
Ils sont un peu filous, énormément ivrognes,
Très-poltrons, très^hâbleurs, à cela près charmants.
Mais que vous semblera de pareils garnements,
Hommes de ce temps-ci, vous, spectateurs honnêtes.
Qui rentrez de bonne heure et qui payez vos dettes ?
Pour dérider le spleen l'humour hasarde tout.
Anglais, de leur terroir ils ont gardé le goût,
Et, sans être gênés par les rimes françaises,
Les coudes sur la table, ils vont prendre leurs aises :
Vous les excusetoz s'ils ne sont pas parfaits.
Après tout, c'est ainsi que Shakspear les a faits ;
Que les a vus passer sa haute fantaisie,
Dorés par un reflet de vin de Malvoisie.
Du fond de la taverne, où rêveur il songeait,
De son vaste cerveau m'élançant d'un seul jet,
J'apparus tout à coup, riant, vermeil, énorme,
Et le Bacchus du Nord s'incarna sous ma forme*
La pourpre de mon sang eçt faite de vin pur ;
Sur un pied chancelant je porte un esprit sûr,
Et ma gaîté pétille, ainsi qu'au bord du verre.
En globules d'argent une mousse légère ;
Car tout ce que je bois se résout en esprit ,
Et la triste Albion par mes lèvres sourit ;
La bonne huaieur du prince à mienne s*allume.