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PROLOGUE

POUR LE FALSTAFF DE MM. P. MEURICE ET A. VACQUERIE Récité par M. Louis Monrose sur le Ihéàtre de l'Odéon le 2 octobre 1842.

Beau sexe, sexe laid, jeunesse, et vous vieillesse, Ne sifflez pas encor, je ne suis pas la pièce ; Gardez, poar en cribler les endroits incongrus. Voire provision d'œiifs durs et de fruits crus : Sous cet accoutrement de satin blanc et rose. Tel que vous me voyez, je suis Louis Monrose, Pour le présent prologue; une position A ne pas exciter la moindre ambition ! Tout à l'heure, changeant de costume et de rôle, Je représenterai John Fal staff, un fier drôle ! Mes compagnons sont là, derrière le rideau, Un las de chenapans qui n'ont jamais bu d'eau. Tout prêts, tout habillés, fardés jusqu'aux oreilles, Mais pâlissant de peur, sous leurs teintes verineires; Car chacun sait que l'autre est un affreux gredin Que l'on a négligé de pendre par dédain : Tous les vices en fleur bourgeonnent sur leurs trognes; Ils sont un peu filous, énormément ivrognes. Très-poltrons, très- hâbleurs, à cela près charmants. Mais que vous s mbieir. de pareils garnements, Hommes deees tempsci, vous, sprctalcurs boiniètes, Qui rentrez de bonne heure ^l qui payez vus dettes?

Pour dérider le spleen, rimmour hasarde tout. Anglais, de leur terroir ils ont gardé le goût. Et, sans être gênés par les rimes françaises, Les coudes sur la table, ils vont prendre leurs aises : Vous les excuserez s'ils ne sont pas parfaits. Après tout, c'estiiinsi que Sliakspear les a faits ; Que les a vus passer sa haute fantaisie, Dorés par un reflet de vin de Malvoisie. Du fond de la taverne, où rêveur il songeait, De son vaste cerveau m'élaiiç.int d'un seul jet, J'apparus tout à coup, riant, vermeil, énorme, Et le Bacchus du Nord s'incarna sous ma forme. La pourpre de mon sang est faite de vin pur ; Sur un pied chancelant je porte un esprit sûr, Et ma gaîté pétille, ainsi qu'au bord du verre, En globules d'argent une mousse légère ; Car tout ce que je bois se résout en esprit, Et la triste .\lbion par mes lèvres sourit ; La bonne humeur du prince à la mienne s'allume, Ma verve est le soleil de toute celte brume. Et mon ivresse ardente, oiî chaque mot reluit, Tire un feu d'artifice au milieu de leur nuit. C'est fort bien John Falstaff ; mais que dit la morale Une telle conduite est un aifreux scandale ! Public, rassure-toi : toujours au dénoùmcnt Pour des gueux comme nous paraît le cliàtimcnl ; Atteiuls-le sans colère, et soulliv que je rentre Pour me rougir le nez et mettre mon faux ventre.

m DU rnoLoci E de kalstaff.

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