DRAME EK 3 ACTES DE MM. ED. ET J. DE CONCOURT
Récité par mademoiselle Ponsin sur le Théâtre-Français , le 5 décembre 1865.
Bah ! tant pis, Mardi gras a lâché sa volière, Et l'essaim envahit la maison de Molière, Cent oiseaux de plumage et de jargon divers ; Moi, je viens, empruntant aux Fâcheux ces deux vers. Dire au public surpris : « Monsieur, ce sont des masfpics Qui portent des crincrins et des tambours de basques. » Des masques? Vous voyez : un bal au grand complet! Mais Molière, après tout, aimait fort h ballet. Les matassins, les turcs et les égyplienncs Se trémoussent gaîment dans ses pièces anciennes. L'inlenuède y paraît vif, diapré, joyeux, Au plaisir de l'esprit joignant celui des yeux. Et pour les délicats c'est une fêle encore D'y voir en même temps Tlialie et Terpsichore, Ces Muses, tontes deux égales en douceurs, Se ten;mt par les mains comme il sied à des sœins. Quand s'interrompt d'Aigaii la toux siinpiternelle,
On s'amuse aux archers rossant Policliinelle,
Et les garçons tailleurs s'acceptent sans dédain
En cadence apportant l'habit neuf de Jourdain.
Le bon goût ne va pas prendre non plus la mouche
Pour quelques entrechats battus par SLaramouche.
Seulement, direz-vous, ces fantoches connus
Sont traditionnels, et, partant, bien venus.
Leur visage est coulé dans le pur moule antique,
Et l'Atellane jase à travers \euT pratique ;
Même pour des bouffons, l'avantage est certain
De compter des aïeux au nom grec ou latin.
Nous autres par malheur, nous sonmies des modernes,
Et chacun nous a vus, sous le gaz des lanternes, .
Au coin du boulevard, en guise d'Évohé,
Criant à pleins poumons : (> Ohé, c'ie tète, ohé ! »
Pierrett--s et Pierrots, débardeurs, débardeuses
Aux gestes provocants, aux poses hasardeuses,
Dans l'espoir d'un souper que le hasard paîra.
Entrer comme une trombe au bal de l'Opéra.
Pardon, si nous voilà dans cette noble enceinte
Grisés de paradoxe, intoxiqués d'absinthe,
Piès des masques sacrés, nous, pantins convnlsifs;
Aux grands ennuis il faut des plaisirs excessifs,
Et notre hilarité furieuse et fantasque.
En bottes de gendarme, un plumeau sur le casque.
Donnant à la folie un tam-tam pour grelot,
Aux rondes du sabbat oppose son g:dop.
Mais, hélas ! nous aussi, nous devenons classiques,
Nous, les derniers chicards et les derniers caciques.
Terreur des dominos, repliant le matin.
Chauves-souris d'amour, leurs ailes de satin.
P)ientôt il nous faudra ptndrc au clou dans l'armoire
Ces costumes brillants de velours et de moire.
Le carnaval dép ytrcnA pour déguisement