SCÈNE V
Les Péris, fées orientales, sont groupées autour de leur icine dans des altitudes de respect et d'admiration. La reine
LA PEHI. 283
aes Péris est debout au milieu de sa cour prosternée. Une couronne d'étoiles brille sur son front; des ailes nuancées d'or, d'azur et de pourpre, tremblent à ses épaules ; une gaze légère l'entoure d'un brouillard argenté. — Les Péris francbissent la limite qui sépare le mondi idéal du monde réel, et descendent dans la chambre en voltigeant et en saulillanl comme un essaim d'oiseaux lâchés. Elles passent toutes à côté du divan d'Achmet, qui semble toujours dormir prolondcment ; mais quand la reine des Péris vient s'incliner sur sou front, il tressaille. Son cœur l'a reconnue : c'est elle qu'il rêvait. Il se lève et la suit dans le tourbillon capricieux de sa danse. Achmet cherche en vain à la saisir, elle lui échappe toujours, ou s'ils se réunissent, ce n'est que pour un instant, car la légèreté de la Péri ne lui permet pas de rester un instant en place. Elle voudrait attirer Achmet dans l'oasis fantastique qui rayonne au fond du théâtre, et comme Achmet, tout léger qu'il soit, n'a pas d'ailes et ne peut la suivre dans sou royaume aérien, il faut qu'elle lui donne un talisman pour la faire descendre de l'étoile oi>elle demeure, lorsqu'il aura envie de la voir. — Usant de son pouvoir magique, la Péri ordonne aux fleurs des vases, placés sur des corniches, autour de la salle, de se détacher elles-mêmes de leurs tiges et de venir dans sa main composer un sélam ou bouquet mystérieux. Le bouquet achevé, la Péri ôte une étoile de sa couronne et la place au milieu des fleurs. — En baisant cette étoile, tu me feras apparaître. — Vraiment? dit Achmet, qui doute encore. ^— Pour le convaincre, la Péri se cache un moment dans un grand vase de marbre, et quand Achmet porte le sélam à ses lèvres, elle jaillit subitement à ses yeux de l'autre côté de la salle, puis elle se retire après avoir jeté un tendre adieu au jeune homme étonné et ravi.
SCLXE Yl
La Wsion enfuie, Aclimet se rendort. Roncem entre et le réveille. Le jeune homme, tout ému encore île l'aiipaiition de la Péri, raconte à l'eunuque qu'il vient d'être visité par un être surnaturel, d'une beauté idéale, et qui répond à son amour. — Elle était là tout à l'heure, j'en suis sûr ! — Visions ! chimères ! dit Roucem. La fée est sortie de la fumée de vo re pi|ie; c'est l'effet de l'opium qui produit des extases. La Péri n'existe que dans votre imagination, mon cher maître; ne pensez plus à cela, revenez à la raison, au vrai, au réel, qui a bien son prix. Vous possédez de belles esclaves, payées eu bons et byaux sequins d'or, une sultane fivonte charmante ; aimez-la et ne cherchez pas à devenir l'amant d'une Péri. Ces sortes d'aventures finissent toujours mal.