‹ ThéatreChapitre 174 sur 232 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

Le llicStre roprésente un riche Loii>ioir dans le style du dix-sc^plième siècle. Au fond, des grands trumeaux de glace; iiorlcs à dio.le el à gauche.

La jeune comtesse Gemma, entourée de ses femmes et de ses compagnes, essaye devant la glace la toilette qu'elle se propose de mettre au bal donné pour fêter sa sortie du couvent. Les caméiistes lui présentent tour à tour des fleurs et des diamants sans qu'elle arrête son choix, et ces diflerenls groupes se répèlent gracieusement dans les miroirs. Gemma a une double raison pour vouloir être belle; Massimo, le célèbre peintre de Naples, fait son poitrait, et ce portrait, destiné à être mis sous les yeux du prince de Tarente, a eu un tout autre résultat que celui espéré par le comte de San- Severino, qui rêve pour Gemma, sa pupille, une haute alliance; car la jeune fille, pendant les séances assez nombreuses, s'est éprise du bel artiste. Massimo va venir achever son ouvrage, comme l'indiquent le chevjlet et la toile placés dans un coin de la cluimbrc.

Pendant que les femmes se sont éloignées pour aller chercher quelques p irures, une porte s'ouvre mystérieusement, et Genmia, en arrangeant sa coiffure, voit du fond de la glace deux yeux ardents et fixes s'allacher sur i lie avec une expression étrange; lorsqu'elle se retourne, l'honnuc qui projetait cette image a déjà disparu ,

Cette apparition efTraye et trouble Gemma ; elle t'prouve un

malaise subit, une longueur inexplicable; le premier fil du

réseau qui doit l'enlacer est noué, et bien qu'elle s'imagine

• avoir été le jouet d'une liallucination, elle e^t sous le charme.

Lliomme ([ui a" pénétré dans le boudoir de Gemma, par le moyen d'une caméristo infidèle, est le marquis de Santa- Croce ; un débauché et un dissipateur cherchant à réparer par l'alchimie et les sciences occultes les brèches faites à sa fortune ; il a, dans ses travaux hermétiques, retrouvé le secret du magnétisme connu autrefois des adeptes, et dont Mesmer sera plus tard le grand prêtre; de cette force inconnue il se sert pour satisfaire ses passions ; il a résolu de dominer Gemma et delà contraindre à l'épouser; mariage qui lui donnerait plus d'or que ses alambics et ses creusets.

N'entendant pas de bruit et jugeant Gemma seule, le marquis de Santa-Croce rentre, et voyant la jeune fille affaissée 5ur un fauteuil, -il étend les mains vers elle et lui fait des passes magnétiques. Cédant à celte influence irrésistible, Gemma se lève chancelante, endormie, n'ayant plus de libie arbitre et fascinée comme l'oiseau par le serpent. Elle tourne autour de Santa-Croce avec tous les signes de la passion ; elle se penche amoureusement vers lui, l'enlace de ses bras, car telle est la volonté du magnétiseur.

Le majordome Giacomo entre, laissant à peine le temps à Santa-Croce de se cacher derrière un rideau ; il vient annoncer l'arrivée du peinire et semble tout surpris de voir sa maîtresse debout, immobile, dans une pose extatique et ne lui répondant pas : il se retire fort intrigué. Santa-Croce réveille Gemma et s'esquive par la porte secrète.

La jeune fille sort comme d'un rêve et ne se souvient pas de ce qui s'est passé, comme cela arrive dans le sommeil magnétique.

Massimo viei.t termiuer le portrait. —Gemma, en cher- < liant à se remettre dans la pose, forme un groupe avec ses

compagnes. Pendant que l'ai-ti^to travaille, oubliant son rôle (le modèle, elle quitte sa place et se pendic sur l'épaule du ])cintre, qui brouille au hasard les couleurs sur sa palette, tioublé par la beauté de Gemma, dont il devine et partage l'amour.

On annonce le marquis de Santa-Croce; il veut voir de quelle manière Gemma, éveillée, le recevra, et quel progrès a fail sou inlluence. Par un effet de coutraste assez comumn en magnétisme, la jeune comtesse, à l'état de veille, ressent l'aversion la plus profonde pour celui qu'elle aime endormie, comme si son âme voulait se venger de la violence qu'on exerce sur elle. Lorsque Santa-Croce s'approche d'elle et la salue, elle frissonne et pâlit ; lorsqu'il s'incline sur sa main pour la baiser, elle fait un geste d'horreur, et laisse tomber avec mépris la rose qu'il lui oflie : ces marques d'aversion ne font pas sortir Santa-Croce de sa froide et hautaine politesse; il contient du regard Massimo irrité et jaloux, et répond courtoisement au comte de San-Scverino, tuteur de Gemma, qui l'invite à la fête donnée pour sa pupille, ainsi que Massimo, et Angiola, sœur de l'artiste.

Resté seul un instant, Santa-Croce ramasse la rose dédaignée et la magnétise; il met sa volonté et son désir dans le cœur de -la fleur épanouie, et lui donne la puissance d'attirer Gemma qui, en effet, revient bientôt sur la pointe du pied, les bras élendus, et se dirige vers la rose qu'elle respire avec délices et place à son corsage. — Le marquis, caché dans l'ombre, assiste à cette scène et sourit orgueilleusement. — Genmia sera à lui. — La rose agira sur elle, et, à la fin du bal, il enli;vera sa conquête. — Des amis sûrs, à qui il donne ses instructions, l'aideront dans cette entreprise hasardeuse.

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