‹ ThéatreChapitre 176 sur 232 · TROISIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

TROISIÈME TABLEAU

Une salle délabrée dans un vieux cliàtcau, retraile et laboratoire de Santa-Crocc.

Gemma, plongée dans le sommeil somnambulique,est r^\Qtue d'un costume de mariée. On lui pose sur la tête une couronne blanche, et dominée par la volonté de Santa-Croce, qui la présente à ses amis, elle a signé un contrat de mariage ; endormie, elle aime Santa-Croce, séduite par une fascination diabolique qni cesse lorsqu'elle se réveille. La porte s'ouvre avef. fracas, et Massimo se précipite vers la jeune comtesse, qu'il trouve prête à se rendre à la chapelle. Ces blancs voiles de mariée le surprennent et l'épouvantent; il croit ù une violence, mais Santa-Croce sourit dédaigneusement et le laisse interroger Gemma, qui répond que tout son amour est pour le marquis, et se réfugie contre son cœur comme pour se soustraire aux emportements de Massimo. — Si vous doutez encore, lisez a contrat, voyez cotte signature, dit Santa- Croce, et cessez do poursuivre de votie amour nue femme qui le repousse et appartient à un autre. Massimo voit le nom de Gemma apposé au bas de l'acte, et ne peut j)his douter de l'asserliou du manpiis, trop bien confirmée, hélas! ]>ar l'altitude impassible et froide de la jeune femme, ([ui n'a j'as même l'air de se souvenir de lui. Ainsi ces yeux si doux m-n- (aient, et les pro:i;esses de bonlieur qu'il avait cru y lire étaient fausses! — Tout cela n'était qu'une dissi:nuIation

pour cacher l'amour qu'avait su inspirer ce Santa-Croce, à qui l'on témoignait publiquement tant d'aversion; ce coup est trop fort pour le cœur et la tète de l'artiste. Sa raison se perd, et il s'élance hors de la salle avec tons les signes de l'égarement.

Le marqui?, resté seul avec sa fiancée somnambuli(iuc, l'éveille, voulant juger de la mesure de son pouvoir. En se trouvant dans cette chambre inconnue en face de Santa-Croce, Gemma éprouve la plus vive terreur et ne peut concevoir comment elle a été transportée de la salle du bal de son château à ce repaire sinistre. Tout ce qu'elle comprend, c'est qu'elle est au pouvoir de Santa-Croce, et elle tremble comme la colombe devant le milan ; un désespoir mêlé d'épouvante la saisit lorsque son ravisseur lui montre le contrat de mariage signé Gemma. C'est donc le démon qui a conduit sa main, car elle ne se rappelle pas les actions qu'elle a faites sous rinfluence magnétique, et reste frappée de stupeur à cette preuve accablante de l'amour que Santa-Croce prétend qu'elle a pour lui. — Le magnétiseur, sachant qu'il ne pourra jias giirder toujours sa femme plongée dans le sommeil extatique, essaye de la passion humaine et des moyens de sMuction ordinaires; il se jette aux pieds de Gemma, lui couvre les mains de baisers et veut l'enlacer dans ses bras : la jeune fille se dérobe à ses étreintes, cherche à se sauver, mais les portes sont fermées soigneusement. Nulle chance de salut. — La lutte recommence, et Gemma arrache de la ceinture de Sanla-Croce un poignard dont elle le menace, et que lui anache Barbara la suivante gagnée par Sanla-Croce. Une seule ressource reste à Gcnmia. Une lénèlre est ouverte, elle y court, et, saisissant la branche d'un arbre voisin, elle se précii)ite. Au bas de la muraille rôdait (liacoiiio, le fidèle majordome qui n'avait pu pénétrer dans le cliàleau. — Il recueille sa jeune maîtresse, et l'emporte au galop sur la croupe de son cheval.

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