‹ ThéatreChapitre 25 sur 232 · CHŒUR DE LAPI.NS · texte numérisé non relu

CHŒUR DE LAPI.NS

Paroles de M. Auber, musique de M. Sciiibe.

Cliantons, célébrons ce beau jour, Sautons, dansons, faisons l'amour.

SATANAS

C'est de i'opéra-comique tout pur. Je pensais qu'il n'y avait que les Parisiens capables d'entendre de pareilles paroles sur de pareille musique. Je croyais les lapins plus forts.

CIlŒUr. DE PAPILLONS.

Les gouttes de rosée se balancent aux feuilles des marguerites ; les abeilles font l'amour aux belles fleurs et boivent le nectar au fond de leurs calices. Déployons nos ailes bleues et rouges aux rayons du soleil ; nous sommes les fleurs du ciel ; les fleurs sont les papillons de la terre.

*. SATANAS

Que tout cela est assommant, et comme la nature est ennuyeuse ! quelle fadeur ! quelle monotonie ! De l'herbe, des

arbres, de la terre ; je ne connais rien de moins récréatif, si ce n'est les descriptions des poètes bucoliques. Ah ! Tliéocrite et Virgile sont de grands sols, et M. de Florian aussi. Par le premier péché de la mère Eve ! l'etifer est encore plus amusant ; on y a au moins le plaisir de tourmenter quelqu'un. Si je n'avais affaire ici, j'y retournerais bien vite. Après tout, l'on n'est bien que chez soi, et l'on s'habitue à tout, même à griller éternellement. A force de me chauffer, je suis devenu frileux, et je grelotte de froid devant ce pâle soleil. Ta Cl éation. Père éternel, est quelque chose d'assez mesquin, et tu ne devrais pas l'eu enorgueillir comme tu le fais ; le moindre décorateur d'opi'ra est plus imaginalif. Voici un' point de vue qui est des plus médiocres; ce ciel est plat et cm, il a l'air de papier peint; ces lointains ne fuient pa.s, ces nuages ont des formes saugrenues ; ces terrains sont mal coupés. Cela serait sifÏÏé au premier acte d'un mélodrame, et le directeur mettrait à la porte un peintre qui aurait barbouillé un pareil paysage.

CHIilSTUS, en paradis.

Satanas a le ton bien superlatif ; il devrait se faire crilicpie et écrire dans les journaux.

LE l'F.RE tTER>EI..

Comme il parle irrévérencieusement de mon ouvrage ! A-t-on jamais vu un drôle pareil ? Il me prend je ne sais quelles envies de le foudroyer un peu.

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