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ACTE DEUXIÈME

ALBERT

Envoyez-moi un garçon, je lui donnerai la commande. (Le gérant s'incline.) Bon! Bon! (S'asseyant, pendant que le gérant s'éloigne.) Il me dégoûte ce gérant-là! je déteste les gérants! J’aime encore mieux les patrons que les gérants... C’est vrai! C’est toujours à faire les malins avec le garçon, et qu'est-ce que c’est de plus qu'un garçon, un gérant, je vous le demande? C’est un salarié comme les autres!

BÉRENGÈRE

Albert! Ne te fais pas de bile avec ça!

ALBERT, convaincu.

Je déteste les gérants.

LE GARCON

Qu'est-ce que ces messieurs et ces dames désirent?

ALBERT

Qu'est-ce que vous proposez? (A Bérengère.) Je lui demande ça pour savoir ce que je ne dois pas prendre.

LE GARÇON

Des croquettes de volaille.

Tu peux les garder tes croquettes, je les connais! (A Bérengère.) Je vous dirai un jour ce qu'ils fourrent làdedans. (Au garçon.) Tu vas commencer par nous donner des œufs brouillés.… pas au fromage! Tes vieux morceaux de fromage, tu les serviras à quelqu'un d'autre. À nous, donne-nous des pointes, des pointes d’asperges, ça ne se truque pas.

LE GARÇON

Après ça? de la viande froide?

ALBERT

Non! tu ne m'as pas regardé, toi et ta viande froide qui s’est baladée sur toutes les tables! qui a traîné dans le garde-manger depuis deux jours, que ton sale cuisinier a attrapée avec ses doigts pour la poser dans le plat. Non, mon vieux, tu me prends pour un autre!

BÉRENGÈRE

De la viande chaude, alors?

ALBERT

Prenez-en si vous voulez, moi, je n’ai même pas confiance dans la viande chaude.

LE GARCON

Un chateaubriand aux pommes ?

Je veux bien.

LE GARCON

Et comme dessert? Des fruits rafraichis ?

ALBERT, avec dégoût.

Ah!

BÉRENGÈRE, à Albert.

Mais tu es dégoûtant, voyons! nous avons faim, nous!

ALBERT

Tout ce qui reste de fruits sur les assiettes, les grains de raisins oubliés, les prunes entamées qu’on a mordues, tout ça, ça passe aux fruits rafraîchis.

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