ACTE TROISIÈME
LE JOURNALISTE
Moi, je le trouvais très drôle.
XAVIER
C’est un garçon de café à la manque : il déshonore la corporation.
ALBERT, recevant.
Voilà tout ce qu’il me donne comme pourboire.
XAVIER
Nous prendrons un café autre part.
PHILIBERT, entrant par la droite, pendant que Xavier et le journaliste s'apprêtent à sortir par la gauche.
Qu'est-ce qu'ils ont donc à s’en aller comme ça? Pardon, messieurs, qu'est-ce qui vous a mécontentés?
XAVIER
Il y a que vous devriez faire un peu plus attention au recrutement de vos garçons... J’en connais qui sont sans place et qui sont excellents. Au lieu de cette espèce de toqué!l Mais je suis sûr que, si vous le gardez, c’est que vous le payez un prix dérisoire.
PHILIBERT, suffoqué, Un prix dérisoire!
XAVIER
Prenez garde! Si j'apprends que vous le payez audessous du tarif des chambres syndicales.
PHILIBERT, écumant.
Quatre cent seize francs par mois, est-ce que c’est au-dessous du tarif? Et avec un traité de vingt ans!
LE JOURNALISTE
Quatre cent seize francs par mois? Un traité de vingt ans? (Il prend son calepin.) Voilà qui est intéressant.
XAVIER, vivement, lui enlevant son carnet.
Mais non! Ce n'est pas intéressant! Allons dans un autre café! Ici, c’est une boite.
Il l'entraîne et sort.
PHILIBERT, vivement.
Dites donc! dites donc! (A Albert.) C’est encore vous qui m'attirez ça! Allez ranger le vin que j'ai mis en bouteilles et faites attention, je les ai comptées.
ALBERT
Pour qui me prenez-vous? Je suis un honnête serviteur! (A la caissière, à mi-voix, en sortant.) Et je n’ai pas soif!