‹ ThéâtreChapitre 158 sur 250 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

PHILIBERT, à Albert.

Qu'est-ce que c’est que ces clients-là ?

ALBERT

Attendez donc! Je me doute enfin pourquoi ils viennent. C’est pour une affaire d'honneur... Je suis à vous, messieurs. (A Philibert.) C’est deux témoins d’un type à qui j'ai dit : considérez-vous comme giflé!

PHILIBERT

Eh bien, qu'est-ce que ça peut leur faire, ça?

JI va falloir me battre.

PHILIBERT

Vous allez vous battre? Pas dans le café!

ALBERT

Soyez tranquille. On se bat le matin de bonne heure, et je serai là pour l'ouverture.

PHILIBERT

Vous n’avez pas la frousse ?

ALBERT

Un peu... Mais on ne se fait jamais bien mal. (au général et à Plouvier qui se lèvent pour partir.) Pardon, messieurs, je suis honteux de vous avoir fait attendre. Vous venez de la part de ce monsieur que j'ai giflé hier soir?

Le général et Plouvier se regardent embarrassés.

LE GÉNÉRAL

Oh! giflé!

PLOUVIER

Vous avez simplement dit : considérez-vous..

ALBERT, simple et digne.

C’est la même chose. Je lui dois une réparation.

LE GÉNÉRAL

Il ne la demande pas... Une dispute d’après boire. Vous étiez très gais l’un et l’autre.

ALBERT

Moi, très gai? Je n'étais pas gai du tout! Je n'avais rien bu et, quand je n'ai rien bu, c’est effrayant ce que j'ai le vin triste! Non, messieurs, je connais les usages du monde. Et puis, d’abord, si ce monsieur ne veut pas de réparation, pourquoi est-ce que vous êtes venus ?

PLOUVIER

Eh bien, nous avons réfléchi que ce n'était pas STAVE...

PHILIBERT, qui s'est approché depuis un instant, bas à Albert. Ils ne veulent pas parce que vous êtes garçon de café.

Il s'éloigne.

ALBERT

Ah! c’est comme ça! Ah! c'est comme ça! Messieurs, vous êtes venus me demander une réparation, ch bien, je vous réponds que vous l’aurez! Et puis, d’abord, je ne veux pas causer avec vous! Je vais vous mettre en rapport avec deux de mes amis... Je n’ai pas sous la main des messieurs huppés, mais je connais deux braves garçons, un facteur des postes, employé: du gouvernement, et le petit officier.

LE GÉNÉRAL

Un petit officier?

ALBERT

- Oui, le plongeur.

PLOUVIER

Le plongeur?

ALBERT

Enfin, le jeune homme qui s'occupe de laver la

vaisselle. Ils viendront vous trouver à votre club. (Au plongeur qui paraît.) J'aurai besoin de toi cet après-midi. (Au général.) Je connais les usages. Je vais demander au facteur quelles sont ses heures de tournée.

LE GÉNÉRAL

Mais enfin, vous insistez pour pousser cette affaire, et vous êtes l’offenseur….

ALBERT

Je n’ai pas à savoir, moi, si je suis l’offenseur. Ça regarde le plongeur et le facteur. Je vais tout de suite

prévenir le facteur.

Il s'éloigne.

LE GÉNÉRAL

Evitons ça au plus vite... Garçon! (Se reprenant.) Monsieur Loriflan! (Albert revient.) Eh bien... notre client vous fait des excuses.

Bien! bien! Mais des excuses écrites ?

LE GÉNÉRAL, irrité.

Des excuses écrites. (Avec effort.) C’est entendu! (Soulevant son chapeau.) Au revoir, monsieur.

ALBERT, poliment.

Au revoir, messieurs.

LE GÉNÉRAL, furieux.

C’est une histoire... vous savez!

PLOUVIER

Pardonnez-moi, mon général...

LE GÉNÉRAL

Pour sûr que non, je ne vous pardonnerai pas! Il sort.

PLOUVIER, gêné.

À qui dois-je payer les deux consommations ?

ALBERT

Mais à moi! Je vous les offrirais bien. Mais c'est contre les usages.

PLOUVIER

Voici vingt sous.

ALBERT

J'ai vingt centimes à vous rendre... Les voici. Il met vingt centimes sur la table.

PLOUVIER, après avoir fait le geste de les laisser en pourboire, paraît gêné et les prend.

Merci, monsieur.

1ls se dirigent vers la sortie. Philibert s'en va également par une autre porte.

ALBERT

Ils n’ont pas osé me laisser de pourboire... Heureusement que j'ai un fixe important!

YVONNE, entrant, à la caissière.

Je viens vous remplacer dans un instant. Si je ne suis pas là quand vous serez obligée de sortir, allezvous-en tout de même, je ne tarderai pas... Qu'est-ce que ces messieurs voulaient à Albert?

LA CAISSIÈRE, à Albert.

Albert, qu'est-ce que vous voulaient ces messieurs?

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