‹ ThéâtreChapitre 186 sur 250 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

RABLOT, GASTON.

GASTON

Alors, mon oncle, j'écoute avec impatience. Tu m'as promis de me dire ce que nous venons faire ici.

RABLOT.

Nous venons faire l'ange gardien, empêcher Brisset de succomber à Ja tentation, au cas où on lui proposerait de faire partie d’une combinaison Lourien.

GASTON

Je ne croyais pas que Brisset fût ministrable.

RABLOT.

Moi, je n'aurais pas l’idée de lui confier un portefeuille. Ce n’est pas un modéré pour ministère modéré. C’est ce qu’on appelle un modéré transfuge pour ministère avancé. Seulement, il faut l'empêcher à toutes forces d'entrer dans un ministère d’extrême-gauche. I1 dispose d'une douzaine de voix, et cela ferait une majorité au cabinet Lourien. Oui, il a bien douze ou quinze voix. Les députés de son département, de quelques régions voisines, et trois ou quatre autres qui voyagent sur sa ligne et avec qui il fait des parties de bridge en chemin de fer. Le bridge crée des liens plus solides que n'importe quelles idées. On veut bien se séparer d'un ami politique : on ne veut pas perdre un partenaire. Ajoute à cela que sa situation de fortune lui a créé au Parlement quelques bonnes relations.

GASTON

Il est riche ?

RABLOT.

Très.

GASTON

Une fortune de bon aloi?

| RABLOT.

Elle remonte à son grand-père.

GASTON

Alors il n’y a plus rien à dire.

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