LE FLEURISTE
Elle est partie faire promenade?
LÉONTINE
Avec le papa. Tous les jours elle fait sortir le papa, pour l’habituer, qu'elle dit, à l'auto. Ce pauvre monsieur, le nôtre, a une de ces frousses de tous les diables. Ils m'ont emmenée la semaine dernière. Moi qu'étais assise à côté du chauffeur et qui n’ai peur de rien, j'entendais le pauvre monsieur à nous qui criait « Arrêtez! arrêtez tout de suite! » Le chauffeur arrétait, suffit qu’il en était commandé. Évidemment! Et vous savez, quand on est tout le temps à faire marcher les freins, il paraît, le chauffeur m’a dit que les pneumatiques n’y résistent pas. La gomme s'use, s’use, et par le fait, on crève plus facilement. Mais not monsieur — le nôtre —, il est ravi lorsqu'on crève, parce que, suivez-moi, une fois crevé, forcé de réparer, et pendant qu’on répare, on ne marche pas.
LE FLEURISTE, qui l'a écoutée, les bras ballants, recommence à arranger ses fleurs. Oh! triste! triste! Et ça se paye des automobiles de vingt mille francs, sans même savoir en profiter. Moi qu'on me donne seulement une auto, qu'est-ce que je dis, une auto? une simple moto! qu'est-ce que je dis, une moto? Un petit tri, un petit tri-porteur, sans moteur.
LÉONTINE
Voulez-vous vous rafraîchir un peu?