‹ ThéâtreChapitre 204 sur 250 · SCÈNE IX LEs MÈMES, LEHASQUET · texte numérisé non relu

SCÈNE IX LEs MÈMES, LEHASQUET

LE DOCTEUR LEHASQUET, à Herchet.

Bonjour, mon cher maître. Voulez-vous que nous voyions tout de suite la malade?

LE DOCTEUR HERCHET.

Mais oui, mais oui, je suis là pour ça.

Ils se dirigent vers la chambre de la malade, suivis d'Edouard. Madame Lebleu va pour les suivre.

ÉDOUARD

Maman, il vaut peut-être mieux que tu n’entres pas.

Ça va faire beaucoup de monde dans la chambre.

MADAME LEBLEU.

Bien, bien! Mais alors, fais sortir Alphonsine!

ÉDOUARD

Je vais lui dire de sortir : je ne sais pas si ellesortira. Ils entrent dans la chambre.

CHARLES, à madame Lebleu.

S'il y a une opération urgente à faire, je me charge de tout. J'irai chercher une automobile, je retiendrai une chambre à la maison de santé... Comment a-t-on fait pour ne pas effrayer Irma à l’idée qu'il allait arriver un médecin en consultation?

MADAME LEBLEU.

Édouard a été très adroit. Il lui a dit que le docteur avait Justement un de ses amis qui était venu le demander pour aller chez un autre malade en consultation, alors que Lehasquet en avait profité pour demander un avis à cet homme qui était un spécialiste des maladies d’intestins. Elle a très bien pris ça et a eu l'air de le croire. (A Clara.) Tu vois, il devait faire sortir Alphonsine, maisilne lui a rien dit, j'en suis sûre. Et moi, qui suis la belle-mère de la malade, je ne suis pas dans la chambre pendant que les médecins y sont... De quoi est-ce que j'ai l’air?

Madame Lebleu va s'asseoir sur une chaise à droite de la scène. Clara suit, s'assoit à gauche. Robert s’assoit à côté d'elle

ROBERT, à mi-voix.

Vous n'êtes pas gentille. Je suis très malheureux à cause de vous... Ce n'est pas humain, ce que vous faites. On ne fait pas souffrir un homme comme ça. Venez jusque chez moi, vous verrez, j'ai besoin, besoin de vos conseils. Autrement, savez-vous ce qui arrivera ? Je me meublerai sans goût et horriblement.

CLARA

Je vous en prie! Vous me direz ça une autre fois,

mais ne me parlez pas comme: ça, à mi-voix, maman va se demander ce que cela veut dire...

ROBERT

Eh bien, écoutez, allons dans la salle à manger.

CLARA

Mais non, mais non!

ROBERT

Mais si! Mais sil Allons dans la salle à manger, sous un prétexte quelconque. Dites que vous allez téléphoner, et j'irai vous y rejoindre. Puisque vous ne voulez pas venir jusque chez moi, allons dans la saile à manger. Qu'est-ce que vous risquez? Je veux vous parler simplement.

CLARA

Oh! qu’il est embétant! Allons, je vais aller dans la salle à manger, mais je vous assure que je n’y resterai pas plus de cinq minutes.

ROBERT

Eh bien, oui, venez! venez!

Clara se lève. À ce moment, la porte du fond s'ouvre. Sortent les docteurs et Edouard derrière eux.

ÉDOUARD

Voulez-vous venir par ici, messieurs? Tenez, si vous voulez, dans la salle à manger.

ROBERT

Bon!

MADAME LEBLEU, s'approchant du docteur Herchet. Est-ce que vous pensez qu'il y a lieu à une opération, docteur ?

LE DOCTEUR HERCHET.

Nous allons voir, madame, nous allons en parler

avec mon confrère.

Ils entrent dans la salle à manger, suivis d'Edouard.

MADAME LEBLEU.

Oh! du moment qu'il envisage la possibilité d’une opération, c’est qu'il y en aura une.

CHARLES, vivement.

C'est moi qui m'occupe de la maison de santé.

MADAME LERBLEU, à Edouard, qui revient.

Qu'est-ce qu'ils ont dit?

ÉDOUARD, marchant avec un peu d’agitation, entouré de

madame Lebleu, Clara, Robert, Saginet, qui le suivent en troupeau.

Ils n'ont rien dit devant la malade; mais, tu sais, ils n’ont toujours pas pu la palper, le ventre était dur: dur! Ils n’ont pas voulu parler devant elle, bien entendu; je leur ai tout expliqué, je leur ai dit qu’elle n'avait pas d’habitudes régulières, qu'il y avait six jours que ça n’était pas arrivé... Oh! que c’est énervant! que c’est énervant! que je voudrais que cette consultation soit finie! Je leur ai dit qu’elle avait tout fait pour faire cesser cet état de choses anormal, qu'elle avait pris des laxatifs, tous les laxatifs indiqués dans les journaux et tous ceux qui lui avaient été indiqués par des personnes de sa connaissance... Ils n'avaient pas l’air très rassurés, tu sais, les docteurs... Oh! mon Dieu! (On entend du bruit dans la chambre du fond.) Qu'est-ce que c’est? On fait du bruit dans la chambre, maintenant?

ALPHONSINE, ouvrant la porte brusquement.

Elle est sauvée! Elle est sauvée!

ÉDOUARD

Elle est sauvée?

ALPHONSINE

Oui, la vue du docteur a produit son effet. A peine était-il sorti que... (Triomphalement.) enfin ça y est! elle

est sauvée! Oh! je suis contente! Et elle est jolie! Venez la voir, elle n’a Jamais été si jolie... Elle qui était si pâle, elle qui avait des sueurs froides tout à l'heure, elle est rose! elle est reposée! elle est souriante! Venez! Venez!

CLARA

Oh! que je suis contentel Si vous saviez, je suis

heureuse! Je suis contente!

ROBERT

Eh bien, maintenant que vous êles délivrée de tout souci, venez un peu jusque chez moi, vous ne resterez que quelques minutes seulement.

CLARA

Je viendrai... Oh! Elle est sauvée! Je suis heureuse. (Elle va à la porte, à Edouard.) Ah! qu'elle est jolie! Ah! qu’elle est jolie!

ROBERT, tendant le thermomètre à Saginet.

Prenez ça. 11 suit Clara dans la chambre, où sont entrées madame Lebleu et Alphonsine.

LE DOCTEUR HERCHET, sortant de la salle à manger, suivi de Lehasquet, à Edouard.

Eh bien! ne vous effrayez pas! Mais, après mürexamen, le principe de l’opération nous paraît s'imposer. ÉDOUARD.

Elle est sauvée, docteur!

LE DOCTEUR HERCHET.

Comment? Elle est sauvée?

Il entre dans la chambre suivi de Lehasquet.

ÉDOUARD, à Saginet qui veut entrer dans la chambre.

Non, pas toi, mon vieux... Il y a tellement de monde... Il entre dans la chambre. Saginet s’assoit sur une chaise et secoue machinalement le thermomètre.

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