‹ ThéâtreChapitre 29 sur 250 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

argent... Elle n’en a pas besoin de votre argent... Elle en a pour deux... Je sais qu'elle a déjà refusé officiellement un garçon qui a trois millions de fortune...

HENRI

Vous êtes sûr de ce que vous dites? Écoutez: j'avais songé à faire une expérience un peu romanesque... Je vais vous demander ce que vous en pensez... Si je lui disais que je suis... ou plutôt que je ne suis pas du tout ce qu’elle croit... si je lui racontais que je n’ai pas de position, que j'habite dans un hôtel du quartier des Ternes, dans une petite rue, un tout petit hôtel. une toute petite chambre, très basse de plafond, mais très haute d'étage... Si je lui racontais que je gagne péniblement une centaine de francs par mois en faisant par exemple des dessins d'ameublement?

LOUISE

Oh! comme c’est vraisemblable!

HENRI

Mais c’est tout à fait vraisemblable... Je désire qu’elle sache... (Se reprenant.) je désire qu'elle s’imagine que je suis cela. et que même je suis bien heureux d’avoir cette petite chambre, qu'il m'est arrivé de dormir l'été dans la cour d’un loueur de voitures, dans un vieil omnibus de rebut.…

Oh! qu'est-ce que c’est que cette histoire-là? Est-ce que ça existe, ça?

HENRI

Si, Si, je crois que ça existe... Je connais quelqu'un à qui c'est arrivé... Ce quelqu'un, il faudrait dire à Berthe que c’est moi... ce quelqu'un a posé des heures entières dans des antichambres de marchands de

meubles pour attendre d’être recu et pour proposer un petit dessin. Ce quelqu'un, étant à Royan, s’est trouvé, je ne sais comment, il y a deux ans, obligé de s'engager dans un orchestre de tziganes où il faisait la quête avec une petite soucoupe, parce qu'il ne savait jouer d'aucun autre instrument.

LOUISE

C’est de la fantaisie.

HENRI

Oui, oui, c’est un peu de la fantaisie. Je désire que Berthe me voie sous les traits d’un être minable, sans aucune position... Ce serait drôle!

LOUISE, souriant.

Eh bien, si J'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas vous montrer comme Ça.

HENRI, avec emportement.

Enfin pourquoi? pourquoi? Alors ce n’est pas pour moi-même qu'elle m'aime?

LOUISE

Mais si, voyons! elle vous aime pour vous, elle ne vous aime que pour vous... Seulement que voulez-vous ? Berthe est une fille défiante.. Elle ne se défie pas des autres, elle se défie d'elle-même. Si vous étiez un pauvre jeune homme, jamais elle ne croirait à la sin. cérité de vos sentiments.

HENRI, tombe accablé sur un fauteuil.

. Voilà! Voilà! ce que je craignais!

LOUISE

Oh! comme il se frappe! Oh! comme il est com-

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