‹ ThéâtreChapitre 52 sur 250 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LOUISE

Il n’est que temps!

BERTHE

Pas somptueux, notre goûter. Gaufrettes, pain perdu, petites galettes salées. (A Jeanne.) Qu'est-ce que tu vas devenir, pauvre petit oiseau, toi qui ne peux supporter que les sandwiches au rosbif.

JEANNE

Oh! moi, avec un peu de pain et un restant de fromage!

BERTHE

Il y a du rosbif. On va te faire des sandwiches.

JEANNE

Oui, mais le pain et le fromage tout de même...

Vous entendez, Félix?

FELIX: La Oui, mademoiselle... (Fausse sortie.) Ces demoiselles prendront peut-être du malaga.

JEANNE

Non. Simplement une bouteille de bourgogne.

LOUISE, regardant Berthe.

Est-elle gentille! Sa bonté s'étend sur toute la nature.

JEANNE

A ses petites amies elle donne la pâture. Ce que c’est que d’être heureuse, tout de même! Il n’y a rien de tel que ça pour vous mettre de bonne humeur!

BERTHE

Oui, je suis contente. Depuis ce fameux bal, je ne

cesse pas d'être contente. Mais je crois tout de même que ma plus grande émotion, mon plaisir le plus profond, je les ai eus ce soir-là. Cette conversation avec Henri, que je ne connaissais pas du tout. Vous savez, l'instant où j'ai senti qu'il me plaisait, que je commençais à lui plaire... Il n’y a pas à dire, c’est très agréable. Et ce que j'aurais été malheureuse de ne plus le revoir après ?

LOUISE

Oui, et tu l'as revu. Ton mariage à toi débute par une aventure, au lieu de commencer, comme nos futurs mariages, à nous, par des négociations. Des gens, au courant de notre situation, nous parleront d’un jeune homme dont la situation cadrera avec la nôtre. On nous dira : le jeune homme est bien. Nous chercherons à nous figurer comme il est, et même, s’il est bien, comme lui ne cadrera pas avec le portrait qu’on s’en sera formé, il y aura toujours une déception.

JEANNE

Moi je suis promise depuis l’âge de trois ans à un jeune homme de Lyon, un de mes cousins. Je le déteste. Je le déteste depuis si longtemps que lorsqu'on se mariera Je n'aurai plus la force de le détester.

LOUISE

Oui, mais ce n’est pas encore fait. Et puis, tu fais ton droit. Tu auras une vie indépendante.

BERTHE

Elle fait son droit?

JEANNE

Je ne t'ai pas dit? Je te l’ai dit quatre fois depuis huit jours. Mais tu ne m'as pas écoutée! J'apprends même la procédure dans l'étude de mon père. Et je suis déjà très forte.

Page 1